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Lorsque donner aux autres t’a fait oublier ton corps
J’ai déjà raconté à plusieurs reprises qu’en 2009, j’ai vécu une période très sombre de dépression majeure profonde.
Jusque-là, donner aux autres, tenir le phare, être la personne de référence pour tout et en tout temps, autant à la maison qu’au travail, était mon modèle de fonctionnement.
Je m’imaginais être une « Superwoman ».
À ma grande fierté, j’étais là pour tout le monde. Je disais que « tout allait bien », même si, en dedans, ça n’allait pas; je devais être une femme forte et sur qui on pouvait compter, même quand ça disait non en dedans.
Peut-être reconnais-tu des bouts de ton histoire dans la mienne? Probablement.
En 2009, finalement, c’est mon corps qui a parlé – je dirais même qu’il a crié – plus fort que mes masques souriants.
À cette époque – j’avais 44 ans – depuis une dizaine d’années, je faisais teindre mes cheveux aux 3 semaines, car j’avais beaucoup de cheveux blancs; à 18 ans, j’en avais déjà!
Environ 4 mois avant cette chute « officielle » et paralysante – presque mortelle – de la dépression profonde, mon corps a réagi fortement à toutes ces teintures en générant des haut-le-cœur si violents que j’ai dû annuler mes rendez-vous chez ma coiffeuse. J’ai donc pris, à ce moment, la décision courageuse de tout cesser.
Sur le coup, ça m’a beaucoup perturbé. D’autant plus qu’à cette période, je ne savais pas que c’était un signe avant-coureur pour la suite.
Ce que j’ai vécu dans cette expérience, ce n’était pas de la faiblesse, mais vraiment un signal; je dirais même un cri de mon corps… un appel de détresse presque ultime.
Le coeur du sujet : s’oublier en donnant
On va se le dire en toute franchise : ce n’est pas de « donner aux autres » le problème. Absolument pas!
Le seul et vrai problème, c’est qu’on nous a appris à prendre soin des autres AVANT de prendre soin de soi.
Au nom de toutes sortes de règles, de lois, de politiques et de gouvernes patriarcales, on nous a appris à être fiables, fortes, généreuses, présentes, à nous effacer pour les autres, etc., et, en plus, d’en prendre toute la responsabilité sur nos épaules.
Il est certain que, dans tout ce qu’on nous a demandé et appris, à un moment donné, nous avons cessé d’être présentes à soi, pour n’être présentes qu’aux autres; c’était obligé dans ce contexte.
Peut-être que, dans certains épisodes difficiles de notre vie où notre corps nous a parlé plus fort que ce que l’on aurait souhaité, nous nous sommes senties perdues. Et c’est normal!
Ç’a été mon cas. C’est ce que j’ai ressenti avec la dépression majeure.
Pourtant, c’était une illusion, car je n’étais pas perdue.
Je m’étais seulement mise de côté trop souvent et trop longtemps. Et là – la teinture des cheveux aux 3 semaines – ça l’a été la goutte qui fait déborder le vase!
Le corps : ce messager qu’on écoute trop tard
Ce que je retiens de ces haut-le-cœur par rapport aux teintures de mes cheveux, c’est que mon corps n’en pouvait plus de tous ces « oui » dits à contrecœur, mais avec un sourire de façade.
Parce que le corps se fatigue et s’épuise quand on étouffe ses propres besoins.
Et la plus grande leçon qu’on puisse retenir de lui, c’est qu’il ne ment jamais. Je répète : jamais.
Le corps sait – il sait toujours avant nous – quand on cesse d’être là pour soi.
Parfois il murmure… un mal de tête, une douleur aux muscles des épaules, un mal de ventre…
Parfois, il crie… une cheville tordue, un mal de dos qui cloue au lit, une sinusite qui persiste…
Et si l’on commençait à voir notre corps comme un allié et non comme celui qui nous ralenti, nous bloque, nous semble être un ennemi à combattre, au nom de l’efficacité, de la performance, des injonctions de la société ET du « donner » aux autres avant soi.
La Création intuitive comme langage du corps et du coeur
Au cours de l’année qui a suivi cette plongée dans la dépression, aussi inespéré que surprenant, c’est mon corps qui s’est remis en mouvement pour me sauver suite à une vision de ma grand-mère qui tricotait.
Oui! Par l’action de mes mains dans la matière : je me suis mise à tricoter des bas – des chaussettes comme vous dites en Europe – puis à créer dans mon journal, ainsi que toutes sortes de choses simples et bienfaisantes.
Mes mains actives, en train de créer dans la matière, dans le présent, ont été une voie réparatrice douce, non verbale et incarnée; en parallèle avec d’autres actions thérapeutiques qui étaient nécessaires compte tenu de la gravité de la dépression, mais créer intuitivement en a été la clé qui a déverrouillé tout.
Parce que créer de manière intuitive…
C’est s’arrêter… se déposer… s’écouter…
C’est se donner un endroit où ce qui compte, c’est soi-même, et non pas les autres…
C’est prendre soin de soi, un geste à la fois, avec bienveillance, ainsi que la présence de soi à soi, par soi et pour soi – cette présence de son intérieur et de son corps.
Tout ça, je l’ai expérimenté par moi-même, et si je suis là pour t’en parler aujourd’hui, c’est que ça marche; je suis revenue à la vie grâce à la Création intuitive, après avoir frôlé le désespoir… la mort.
Je l’ai aussi vu, et je le vois encore, pour les femmes que j’accompagne; celles qui choisissent ce chemin de plus en plus fréquenté. Et, je le répète : ça marche!
Parce que, lorsque l’on plonge dans la Création intuitive, et qu’on applique une couleur ou une image sur un papier, on ne règle pas nécessairement un problème de manière instantanée ou magique; absolument pas!
Par contre, on dit toujours à notre corps – sans aucune exception : je t’écoute! Même si l’on en est plus ou moins consciente.
Ta Petite Créative : celle qui t’invite à revenir vers ton corps
Il y a en chacune de nous cette énergie vivante, que j’appelle la Petite Créative intérieure, qui te voit lorsque tu t’oublies, lorsque tu n’écoutes pas ton corps et que tu cherches des moyens « extérieurs » à toi, pour le faire taire sans être présente à lui, à elle.
Pourtant, cette part de toi, elle t’appelle doucement. Elle te murmure sa sagesse pour t’amener là où ça fait du bien.
Pour y arriver, elle n’a pas besoin de grand-chose : un moment, même court, une feuille, quelques crayons de couleur, des ciseaux et de la colle, quelques images qui nous font du bien, et surtout, des gestes créatifs spontanés, tout en douceur et en tendresse.
Ta Petite Créative intérieure ne veut pas te sauver. Elle veut juste que tu l’écoutes en te choisissant.
Elle veut juste que tu reviennes vers toi en revenant vers elle, en revenant vers ton corps.
ALLER PLUS LOIN – La silhouette qui parle
Donner une forme visuelle à son corps avant de l’écouter et de le laisser parler peut ouvrir la voie à une projection douce et intuitive, et lui faire, et te faire, beaucoup de bien.
Alors, voici ce que je te propose , lorsque tu auras préparé ton Carnet et le matériel que tu aimes pour créer intuitivement :
- Trace une silhouette simple – Sur une page de ton carnet, dessine une silhouette très simple de ton corps – comme un bonhomme de pain d’épices. Pas besoin d’être précise ni réaliste : il s’agit seulement d’un espace symbolique où ton corps pourra s’exprimer.
- Ferme les yeux et écoute ton corps – Pose une main sur ton cœur, ton ventre ou l’endroit où tu ressens une tension. Respire profondément et demande-lui : « Qu’est-ce que tu veux me dire aujourd’hui? »
- Exprime dans la silhouette – Utilise des couleurs, des formes, des symboles ou des collages pour représenter ce que ton corps murmure ou crie, directement sur ta silhouette. Peut-être une zone sombre, lourde ou serrée… Peut-être une zone lumineuse, qui a soif d’espace ou de repos… Laisse venir sans juger.
- Ajoute un geste de soin – Après avoir exprimé ce qui est là, demande à tes mains : « Par quel soin pourriez-vous donner du soulagement ou de la douceur à mon corps sur la page? ». Cela peut être une couleur réconfortante ajoutée, une forme protectrice autour d’une zone, des petits cœurs, des rayons de lumière… L’important est que ces gestes soient une réponse d’amour à ce que tu viens d’exprimer.
- Ferme les yeux et écoute-le – Termine en prenant une pause les yeux fermés, pour écouter ce que ton corps te dit après ce soin, puis inscris tout ça autour de ta silhouette. Par exemple : « Merci de m’avoir entendue » – « J’ai besoin de repos » – « Aujourd’hui, choisis-moi ».
Cet exercice est comme un rendez-vous tendre avec ton corps : il te permet de le voir, de l’entendre et de le soigner symboliquement par tes mains créatives.
Un espace d’oxygénation du coeur
Je connais tellement cette sensation d’insécurité de ne pas avoir de refuge pour se déposer lorsque l’on se sent épuisée et que notre corps essaie de nous transmettre un message, mais qu’on ne sait pas comment l’écouter.
On a l’impression de flotter dans un espace gris, noir, sombre, et aussi de se sentir seule.
Cette Création intuitive a été une révélation, un baume et un havre de douceur pour moi. Et en plus de me conduire vers mon coeur et ma Petite Créative intérieure, elle m’a montré le chemin vers ma renaissance, ainsi que jusqu’à l’intuition de mon précieux Carnet du Coeur.
Ce Carnet a ouvert pour moi, par mes mains, créant de manière intuitive, un espace d’oxygénation pour mon cœur.
Une façon de créer sans performance pour prendre soin de moi, une plongée créative à la fois, une couleur à la fois, un battement de coeur à la fois, une présence à la vibration de mon corps à la fois.
Il se peut que tu ressentes ce besoin aussi , et je ne suis pas là pour te convaincre de le faire.
Je suis là pour rayonner qui je suis à travers le partage de mes expériences, et t’accueillir, si tu sens que tu veux vivre ce chemin toi aussi.
Et si ce n’est pas le cas ou le bon espace-temps pour toi, rappelle-toi que tout est parfait.
Peu importe, le moment d’écoute que tu choisis, et la façon dont tu le fais, j’ai une confiance infinie en ta sagesse intérieure, mais pour ça, tu dois te mettre à l’écoute de toi, de ton corps.
Avec toute ma tendresse,
Louise


