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Cet article contient une invitation à redevenir curieuse de toi-même, apprendre à se regarder, à repérer les petits bourgeons en toi et à transformer ce qui semble noirci en matière vivante.
(temps de lecture : 11 minutes)
Apprendre à se regarder ou « Comment ça que tu sais ça? »
Lorsqu’il y a des congés scolaires, il m’arrive d’accueillir mes petits-fils pour toute la journée, et c’est ce qui s’est passé la semaine dernière.
Ils arrivent très tôt, et parfois même, je les accueille en pyjama, mais toujours avec un grand sourire et tout plein de câlins.
Cette joie de se retrouver annonce toujours des moments doux, joyeux… et un peu imprévus.
Tout en prenant notre temps pour d’abord cuisiner ensemble, il y a l’odeur des pains dorés ou des gaufres faits maisons qui remplissent l’atmosphère et qui sucre les « becs » de sirop d’érable, tout en se racontant nos petits morceaux de vie du moment.
Une journée qui commence par se retrouver avec soi-même
Cette fois-ci, comme toutes les autres fois, remplis à satiété des douceurs de notre rituel de ce premier repas du petit matin, rapidement, ils se sont installés dans leur monde, avec les jeux qu’ils anticipaient déjà avant leur arrivée.
Ils y ont passé l’avant-midi à se retrouver eux-mêmes dans leur bulle personnelle.
Le plus vieux a sorti les Playmobil; disposant la ferme, les animaux et les personnages, pour créer une scène sur toute la surface de la table de cuisine. Quant à lui, installé au sol dans le salon, le plus jeune a construit son monde avec les dragons et les blocs Lego.
En y repensant le lendemain matin, bien assise dans mon fauteuil de « Matin Magique », ce qui me fait chaud au cœur, c’est de constater, dans ces moments-là, combien mes petits-fils ne cherchent pas à être occupés ni à savoir quoi faire. Ils se retrouvent avec eux-mêmes, s’inventent et explorent chacun leur propre univers.
Le plus beau et le plus touchant, c’est qu’ils l’anticipent déjà dans les jours et les heures qui précèdent.
Je me souviens que moi aussi, j’avais cette anticipation lorsque j’allais chez ma grand-mère quand j’étais petite. Je crois que c’est un trait de l’enfance pour nous toutes, à ces âges-là.
Ce qui me touche dans cette observation, c’est que mes petits-fils savent faire quelque chose que beaucoup d’adultes, de femmes comme nous, ont oublié :
Se retrouver avec elles-mêmes sans avoir besoin de se distraire, de performer ou de produire quelque chose.
Parce que oui, apprendre à être une « grande-fille », une « bonne élève » et une « nourricière » nous a fait remplacer ces moments de retour à soi par : remplir le temps, répondre, organiser, satisfaire…
Tout ça nous a fait oublier comment simplement habiter notre monde intérieur.
Tout comme lorsque j’étais avec mes petits-fils, j’ai remarqué que notre Petite Créative intérieure – cette énergie de vie puissante qui habite chacune de nous – sait encore entrer spontanément dans cet espace de soi.
Cet espace s’agrandit en jouant, en explorant, en imaginant, sans but à atteindre.
C’est à cet endroit que le soleil arrive, et avec lui, quelque chose s’ouvre.
Quand dire oui à l’élan, même si rien n’est prêt
Ce jour-là avec eux, c’était une vraie journée ensoleillée du printemps québécois, après des jours et des jours de pluie et de nuages.
Et en fin d’avant-midi, lorsqu’ils ont été rassasiés de leur monde créé nourrissant leur univers intérieur, l’idée spontanée de manger dehors a jailli naturellement.
À l’unisson, j’ai entendu : « Yéééé! Chouette alors! »
Nous sommes sortis pour organiser l’espace où s’installer pour ce piquenique improvisé, parce qu’avec toute cette pluie et cette neige des dernières semaines, les meubles de patio étaient encore rangés sous les toiles pour la saison hivernale.
Si nous voulions manger avec un minimum de confort, ça prenait des chaises et une table.
Et c’est ce que nous avons fait comme nous pouvions, en réussissant à sortir trois chaises dépareillées et une petite table basse branlante. C’était amusant!
Ensuite, satisfaits de notre installation, nous avons poursuivi le plaisir en préparant le repas du piquenique ensemble, pour venir nous installer au soleil d’avril; cet astre tant attendu et savouré.
Assise avec mes petits-fils, je voyais leurs sourires et leurs « ah, c’est bon! ». Nous étions heureux d’avoir simplement répondu à cet appel du vivant, au lieu d’attendre que tout soit parfait.
Parce que la vie n’attend pas que tout soit prêt pour se vivre.
Ça me fait penser à toutes celles – et je m’y inclus parfois – qui attendent que la maison soit rangée, que les obligations soient terminées, qu’elles aient plus de temps, qu’elles soient prêtes. Ça te dit quelque chose?
Pourtant, il y a une part de nous, celle que j’appelle la Petite créative intérieure, qui n’a pas besoin que ce soit parfait. Elle a juste besoin qu’on lui dise oui, comme avec le piquenique improvisé par mes petits-fils et moi.
Et une fois dehors, dans cette lumière du printemps, en compagnie de mes petits amours, quelque chose d’autre a commencé à attirer mon regard.
Les bourgeons : ce qui semble immobile, mais qui prépare déjà quelque chose
Dans ce soleil doux du midi en avril, assis confortablement et dégustant joyeusement notre piquenique, nous avions un point de vue imprenable sur les arbres autour de nous, et la nature qui y grouillait.
C’est une période que j’aime beaucoup, parce qu’on dirait que la nature est en suspens; le temps des sucres est terminé, les arbres sont encore nus de l’hiver, mais les bourgeons éclatent doucement, lentement.
Les érables sont en fleurs. Bien sûr, ce n’est pas comme les pommiers et les cerisiers, mais ils le sont tout de même.
Je leur ai montré que les bourgeons sont d’abord rouges, comme de petites grappes prêtes à éclater, mais que, si on y regarde de plus près, ceux situés tout au bout des branches du sommet sont différents : ils sont pâles, presque argentés.
« Pourquoi? » – me demandent mes petits curieux.
« Parce que les bourgeons rouges vont devenir des feuilles et que ceux tout en haut qui sont pâles vont devenir des samares, les graines de l’arbre. Tu sais, les petits hélicoptères qui tournoient dans le vent durant l’été. »
Toi qui me lis, tu le savais?
La tête toujours levée vers le ciel bleu, scrutant les arbres, mon petit-fils le plus vieux m’a demandé, et ce n’était pas la première fois :
« Comment tu sais ça? »
« Parce que je suis curieuse », avec un grand sourire.
Nous trois sur la terrasse, observant la vie qui nous entoure, c’était un moment tangible dans le temps où l’on pouvait percevoir cette impression d’immobilité de la nature.
Cette sensation me rappelle ces moments où l’on vit des périodes où on a l’impression que rien ne se passe en soi.
Pourtant, tout comme pour les érables, avant l’éclosion complète des feuilles, avant l’apparition des fleurs et avant les grands changements visibles, il y a souvent un moment discret, fragile, presque invisible.
Dans ces moments, apprendre à observer ces petits signes en soi – comme ces bourgeons à peine éclatés – change tout.
Au lieu de croire que rien ne bouge… on commence à voir.
Et déjà, quelque chose en nous s’ouvre, grâce à la curiosité de ce qui se passe en soi.
Peut-être que cette curiosité-là est justement ce qui nous manque le plus quand nous nous éloignons de nous-mêmes.
Retrouver sa curiosité de la Petite Créative intérieure
La question de mon petit-fils – Comment tu sais ça? – n’était pas banale. Elle m’a fait revisiter, disons, ce trait de caractère que j’ai, il me semble, depuis toujours.
Quand j’étais petite, je ne voulais pas comprendre la mécanique des choses, mais leur sens, leur source, ce qui les soutenait ou les animait.
Je me souviens clairement, vers mes huit ans, avoir déconstruit un bibelot qui contenait des animaux en verre soufflé posé sur un miroir devant un autre miroir qui donnait un effet de profondeur infini, sous une paroi bleue transparente.
Je voulais voir derrière cet infini, et comprendre ce qui créait ce mystère, saisir ce qu’il y avait en dessous.
Je peux te raconter une foule de moments comme celui-là, et ça continue toujours aujourd’hui dans la Création intuitive et inspirée.
Lorsque je plonge intuitivement dans l’expérience de cette façon de créer, et que je remonte en faisant une lecture intuitive de celle-ci, j’utilise ma curiosité pour voir l’émotion derrière les textures, pour sentir une blessure dans une forme ou une couleur.
Ce qui me peine lorsque j’observe les femmes que j’accompagne, ce n’est pas qu’elles ne soient pas curieuses. Elles le sont. Mais elles l’utilisent plutôt, pour certaines, pour se critiquer, ce qui m’arrive aussi, parfois :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi? »
« Pourquoi suis-je comme ça? »
Pourtant, quand on déplace notre regard sur soi avec une curiosité douce, ça devient une façon très aimante de se rencontrer, et là, les questions qui émergent sont plus comme ceci :
« Qu’est-ce qui, dans ma création, essaie de me montrer quelque chose de moi? »
« Qu’est-ce qu’il y a là-dessous dans le mystère que je suis? »
Et parfois, ce que nous découvrons en dessous, ressemble à ces petits morceaux de bois brulé que nous pensions sans valeur.
Le fusain : transformer ce qui semble noirci en matière à créer
Toute l’après-midi, avec mes petits-fils, nous avons passé notre temps à l’extérieur pour profiter du soleil.
Nous avons joué avec la petite voiture pour enfants que je poussais dans la pente du côté de la maison. Nous avons lancé des brindilles et des feuilles dans le ruisseau. Nous avons ouvert tous les « hublots » de la « cabane de Papou ». Nous nous y sommes assis pour discuter des mouches, des araignées et de la possibilité de dessiner sur les murs de la cabane durant l’été. Nous avons aussi fait rouler un énorme tube en plastique PVC au milieu de la cour pour pouvoir nous y glisser à l’intérieur et nous y cacher…
Finalement, en fin d’après-midi, en rangeant tout ça, nous avons vu sur le sol un cercle de gazon brulé. Tout autour, il y avait de tout petits bouts de bois calcinés. C’était les vestiges d’une tentative de feu de camp hivernal, qui ressemblait, selon mon plus jeune petit-fils, à une empreinte de dragon.
J’ai tout de suite dit :
« On va récupérer ces petits bouts de bois noirs, pour aller dessiner avec. »
« Ah oui? On peut faire ça? » me suis-je fait demander.
Une fois de retour autour de notre table basse branlante du midi, nous avons dessiné chacun les moments marquants de notre journée avec ces morceaux de fusain improvisé.
Hum! Que c’était bon d’avoir les doigts noirs, de voir que ces bouts de bois brulés laissaient des traces. Il y avait de la joie et de l’émerveillement dans les regards.
Ces bouts de branches calcinées, qui semblaient inutiles, sont devenus des médiums de création.
Et ça me fait voir que, par la Création intuitive, nous pouvons revenir à certaines parts de soi; peut-être des blessures, des déceptions, des zones oubliées, des rêves laissés en jachère.
Non pas pour les réparer de force, mais pour voir ce qu’elles peuvent encore nous offrir… tout comme le bois brulé.
Croire qu’il reste encore quelque chose de vivant et de précieux dans ce qui est noirci, ça devient une manière vivante de se parler d’amour de soi.
Ce qui semble brulé peut devenir une trace lumineuse sur son cœur.
Et peut-être qu’au fond, tout ce chemin d’amour de soi revient toujours à la même question.
Regarder sa vie avec ses yeux d’enfant
Cette question est celle de mon très allumé petit amour : « Comment tu sais ça? »
Je crois que ce n’est pas seulement parce que je sais; parce que ça pourrait facilement devenir encyclopédique.
C’est plutôt parce que je regarde, j’observe, je m’approche et surtout parce que je reste curieuse.
L’amour de soi ne consiste pas seulement à mieux s’occuper de soi ou à prendre soin de soi extérieurement.
Il consiste à se regarder, s’observer, se contempler autrement. Avec moins de jugement, d’impatience, et de vouloir se corriger à tout prix.
La curiosité douce de soi, c’est comme un bourgeon, un bout fusain, un mystère qu’on n’a pas encore fini de découvrir.
Dans le fond, peut-être que l’amour de soi commence là.
Au lieu de se demander ce qui ne va pas en soi, on pourrait peut-être recommencer à se demander : « Qu’est-ce qu’il y a là-dessous?»
ALLER PLUS LOIN – Qu’est-ce qu’il y a là-dessous?
Et si tu prenais un moment pour ne pas seulement comprendre ce que tu viens de lire, mais pour le vivre, doucement, à ta façon?
Prends le temps de t’installer dans un espace tranquille, avec ton Carnet et ce que tu as sous la main pour créer intuitivement – crayons, pastels, fusain, peinture… ou même un simple crayon.
1. Reviens à toi – Assieds-toi quelques instants en silence, sans chercher à faire le vide, mais simplement te déposer. Respire. Observe ce qui est là, en toi, en ce moment.
2. Accueille une sensation ou une question – Peut-être une émotion, une fatigue, une tension ou simplement cette question : « Qu’est-ce qu’il y a là-dessous, en moi, aujourd’hui? ». Ne cherche pas de réponse avec ta tête. Laisse quelque chose émerger, même si c’est flou.
3. Laisse tes mains parler – Commence à créer, sans objectif. Laisse tes mains choisir les formes, les couleurs, les gestes, comme un enfant qui explore. Tu peux même fermer les yeux par moments ou changer de main ou simplement suivre l’élan qui se présente.
4. Observe sans juger – Quand tu sens que c’est suffisant, arrête-toi et regarde ta création comme si tu la voyais pour la première fois. Puis, doucement, pose-toi cette question : « Qu’est-ce que ça essaie de me montrer? ». Pas pour analyser, mais juste pour écouter. On ne veut pas gratter de bobos.
5. Accueille ce qui se révèle – Peut-être un mot, une sensation, une prise de conscience très subtile ou peut-être rien de clair… et tout est parfait!
Parfois, ce que nous découvrons n’est pas spectaculaire, mais profondément vrai. Et c’est souvent là que commence une autre manière de se rencontrer.
Revenir vers soi autrement
Peut-être que, comme mon petit-fils, une part de toi continue de poser la question : « Comment tu sais ça? »
Et peut-être qu’au fond, la réponse n’a jamais été dans ce que tu sais, mais dans ta façon de regarder. Dans cette manière de t’approcher de toi, sans te brusquer, sans te corriger, sans vouloir comprendre trop vite.
Juste… rester là.
Curieuse. Présente. Vivante.
Comme devant un bourgeon, comme devant un morceau de fusain, comme devant un mystère que tu n’as pas encore fini de découvrir.
Et si c’était ça, finalement… apprendre à t’aimer?
Avec tout mon amour,
Louise


