Le droit intime de s’aimer

Le droit intime de s’aimer
Le droit intime de s'aimer soi-même

Cet article contient un rappel doux (et nécessaire) que les droits et les libertés des femmes ne se défendent pas seulement à l’extérieur, mais se cultivent aussi dans l’intimité du cœur, celui du droit intime de s’aimer.

(temps de lecture : 8 minutes)

Quand le 8 mars nous ramène vers nous

Chaque année, lorsque le 8 mars arrive, deux sentiments très différents m’habitent.

Cette journée me traverse d’abord d’un sentiment de soulagement : celui de savoir qu’il existe annuellement, pour le monde entier, un moment qui nous rappelle à quel point les droits et libertés des femmes sont importants.

Mais ce 8 mars m’habite aussi d’une joie profonde, une joie très ancienne en moi… celle d’habiter un corps de femme.

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été heureuse d’être une fille, puis reconnaissante d’être une femme.

Aujourd’hui, je suis remplie de gratitude pour avoir vécu ma vie avec cette sensibilité particulière, cette force, mais aussi cette vulnérabilité qui sont intimement liées.

En même temps, lorsque revient ce jour du 8 mars, une autre reconnaissance s’impose à moi : celle de mesurer la grâce d’avoir été protégée de certaines violences faites aux femmes, et malheureusement qui sévissent encore de nos jours.

Lorsque j’écoute attentivement les femmes que j’accompagne partager leurs histoires, je réalise à quel point chaque expérience de vie est marquée par des différences qui sont trop souvent inqualifiables.

Ce constat fait monter en moi de la compassion. Par contre, je dois aussi toujours rester vigilante à ce que ça n’éveille pas de culpabilité en moi, parce que, d’une certaine façon, j’ai été protégée d’épreuves insoutenables qu’elles ont vécues.

Je ne veux pas me sentir coupable, parce que ça voudrait dire que je nie mes propres blessures, alors que je sais que chaque blessure, peu importe sa source, laisse des traces.

De plus, rester dans l’ouverture à l’autre et à moi, face à ces traumas, ça me permet d’habiter ma féminité sans qu’elle soit entièrement associée à la peur ou à la douleur.

Mais ce qui me semble le plus important à propos du 8 mars, c’est autre chose, et qui passe souvent sous silence :

Les droits et les libertés des femmes ne concernent pas seulement ce qui se joue dans la société.

Ils touchent aussi quelque chose de beaucoup plus intime.

Et pourtant, même en ressentant cette joie profonde d’être femme, je ne peux ignorer quelque chose que beaucoup d’entre nous ont appris très tôt.

Ce que les femmes ont appris à taire

Bien sûr, lors de cette journée de rappel, on met de l’avant les droits et les libertés des femmes qui sont bafouées. Et c’est essentiel; essentiel pour sensibiliser et mettre des actions de l’avant pour provoquer des changements qui redonnent dignité et place juste.

On ne peut absolument pas abandonner ces revendications et ces luttes… surtout pas maintenant.

Pourtant, malgré les gains et les avancées faites pour elles, pour nous, quelque chose demeure très présent dans l’expérience sociétale de la plupart des femmes…

On nous apprend – et on l’accepte sans s’en rendre compte – à :

Donner avant de se choisir.
Être fortes sans être soutenues.
Porter sans avoir la possibilité de se déposer.
Réussir et performer sans ralentir.
Aimer sans se choisir.

Et subtilement, à travers toutes ces choses apprises – attendues de nous et acceptées -, quelque chose s’est glissé très sournoisement, une injonction invisible :

Le droit de s’aimer est devenu conditionnel.

On nous parle des droits et des libertés à l’extérieur de nouset c’est juste, parce que ces droits doivent être protégés et les abus dénoncés.

Mais il existe aussi un droit intérieur fondamental beaucoup plus silencieux, beaucoup plus intime, dont on parle très peu ou sous le couvert du secret :

Le droit de s’aimer soi-même.

Et ce droit n’a pas besoin d’être autorisé par qui que ce soit.

Trop peu de femmes ont entendu qu’elles avaient aussi ce droit d’habiter leur propre corps sans culpabilité, d’habiter leur coeur sans peur d’abandonner l’autre ou de passer pour une « égoïste ».

Un acte doux… mais radical

C’est en cherchant une façon de revenir vers moi qu’un chemin s’est révélé.

En explorant ma vie intérieure par la Création intuitive et tout le processus qu’elle propose, j’ai découvert quelque chose que je n’avais pas vu au départ de cette aventure.

Je n’avais pas réalisé que ce chemin de création unique me conduirait vers une véritable libération intérieure.

Ce n’est que peu à peu que j’ai compris que je devais apprendre à me reconnaitre de l’intérieur; à me considérer, à me sécuriser, à m’écouter, à me respecter, à me voir autrement, et surtout… à me croire.

Mais aussi, que c’était ma propre responsabilité de m’ouvrir à moi, et pas la responsabilité des autres.

Pour y arriver, j’ai compris que…

La Création intuitive ouvre cet espace parce qu’elle n’impose pas d’injonction à le faire.

Au contraire, elle nous dit que « tout est parfait » en proposant l’utilisation de matériaux bruts, de gestes naïfs de l’enfance et de tous les processus permettant d’écouter ce qui monte en nous en douceur et qui se transfère dans ce que l’on crée.

La sagesse des mains – du corps – y joue un rôle essentiel, parce qu’elles sont le pont entre notre intérieur et la matière… puis, entre la matière et notre intérieur.

Dans ce geste simple de créer, quelque chose de profondément libre se déploie. Et c’est pour cette raison que je dis que cet acte est radical, à sa façon.

Radical au sens noble de la souveraineté qu’il permet.

Parce qu’une femme qui s’aime vraiment ne se laisse plus diminuer intérieurement… et cela change tout.

Dans cet espace que la Création intuitive ouvre, le droit et la liberté de s’aimer ne dépendent plus d’une date. Oh non! Ils redeviennent ce qu’ils ont toujours été : un droit de naissance.

Le droit d’habiter son corps, peu importe son histoire.

Le droit de se choisir sans devoir se justifier.

Le droit de revenir à soi sans culpabilité.

Et lorsque cette liberté intérieure commence à prendre racine, elle trouve souvent encore plus de force lorsqu’elle est vécue en présence d’autres femmes.

Quand les femmes créent un espace de sécurité

Si tu lis mes textes depuis un moment, tu sais que je parle souvent de la Création intuitive comme d’une porte d’entrée vers l’amour de soibien sûr, il y a d’autres portes, mais celle-ci reste pour moi celle qui fonctionne le mieux.

Mais ce que cette pratique, cette expérience humaine, offre n’est pas seulement un retour à soi.

Elle crée aussi un espace où chaque femme arrête de se sentir seule avec ce qu’elle porte, et où elle peut se sentir assez en sécurité avec d’autres femmes pour oser.

Il y a une puissance tranquille quand des femmes se rassemblent, non pas pour se comparer, mais pour se rencontrer de coeur à coeur.

Et cette différence change tout.

Lorsque des femmes se réunissent avec l’intention de se redonner le droit et la liberté de s’aimer elles-mêmes, quelque chose se transforme profondément en elles.

Elles ne sont plus là pour performer, mais pour se déposer en leur centre, et surtout pas pour prouver, mais pour se choisir enfin; accepter d’activer leur bouton « doré » intérieur de bienêtre et d’amour.

Dans cet espace, ce n’est pas une revendication bruyante qui se passe, c’est une guérison silencieuse.

Chaque fois qu’une femme s’assoit à sa table de création pour plonger les mains dans cette Création intuitive et qu’elle ose écouter ce qui monte en elle, elle exerce un droit fondamental :

Celui d’exister pour elle-même.

Et lorsque cette expérience est vécue en présence d’autres femmes qui s’autorisent la même chose, les bienfaits se multiplient, se décuplent.

Et tout cela nait de gestes simples, organiques, sains, naturels, dans un espace sécuritaire entre femmes.

C’est là que s’ouvre le vrai chemin du changement :

Quand une femme se sent en sécurité avec elle-même, elle commence à se traiter avec douceur et amour.

Puis, une femme qui se traite avec douceur et amour d’elle-même transforme le monde autour d’elle.

Le droit intime de s’aimer

Le 8 mars me rappelle que les droits et les libertés des femmes ne se défendent pas seulement dans les lois.

Bien sûr, nous avons besoin de ces lois. Elles sont essentielles.

Mais ces droits et ces libertés se cultivent aussi dans l’intimité du cœur, chaque fois qu’une femme ose revenir vers elle-même.

Mon souhait le plus cher n’est pas seulement que les femmes soient respectées et libres, mais qu’elles se sentent intérieurement autorisées à s’aimer.

Et ce, peu importe leur histoire, peu importe leurs cicatrices, peu importe l’étape où elles se trouvent aujourd’hui.

Je crois que ce que j’écris ici pourrait être lu en novembre, en juin, un mardi pluvieux ou un samedi soir au coin du feu… et il ferait toujours sens.

Parce que ce texte ne parle pas d’un événement particulier ou d’une date spécifique, il parle d’un droit intime, un droit de naissance : s’aimer soi-même.

ALLER PLUS LOIN – S’offrir un espace pour soi

Avant de chercher à comprendre l’amour de soi, il peut être précieux de simplement se donner un moment d’être là avec soi. Cette proposition de Création intuitive est une invitation douce à revenir vers toi, par un geste simple, libre de toute attente.

Sors tout le matériel simple que tu as sous la main pour plonger dans la Création intuitive, puis :

1. Créer un espace en toi – Prends quelques minutes pour t’installer confortablement. Respire doucement et laisse ton corps ralentir. Rappelle-toi simplement ceci : il n’y a rien à réussir ici. Ce moment t’appartient.

2. Poser une intention intérieure – Avant de poursuivre, ferme les yeux un instant et laisse monter cette question très simple : Si je m’autorisais vraiment à être là pour moi… qu’est-ce qui voudrait apparaitre aujourd’hui? Ne cherche pas une réponse avec la tête. Laisse simplement la question vivre en toi.

3. Laisser les mains parler – Commence à créer doucement; trace des formes, des lignes, des couleurs, colle des images, fais des gestes simples. Laisse tes mains bouger librement, sans chercher à faire quelque chose de beau ou de réussi. Ici, le geste est plus important que le résultat. Chaque trace que tu poses peut être vue comme un petit acte d’autorisation : celui d’exister pour toi-même.

4. Accueillir ce qui se révèle – Lorsque tu sens que ton geste ralentit ou que ce que tu crées est complet pour « maintenant », prends un moment pour regarder ce que tu as créé. Sans analyser, observe simplement : une couleur qui attire ton regard, une forme qui te touche, un espace qui te parle. Puis demande-toi doucement : Qu’est-ce que cette création me dit de moi aujourd’hui? Laisse venir quelques mots, une sensation ou une émotion.

5. Poser un geste d’intégration – Pour terminer, écris autour de ta création une phrase simple pour toi-même. Par exemple : Aujourd’hui, je m’autorise à… Je reconnais que j’ai le droit de… Je choisis doucement de… Cette phrase n’a pas besoin d’être parfaite, elle est simplement un pas vers toi.

Cette invitation n’est pas là pour que tu crées une œuvre « esthétique », mais pour ouvrir un espace où tu peux exister pour toi-même. Et parfois, ce sont ces gestes simples, posés avec douceur, qui commencent à transformer le regard que l’on porte sur soi.

S’autoriser l’amour de soi

Je ne sais pas où tu en es, toi, dans ta vie, avec le droit de t’aimer, mais j’aimerais te dire ceci, tout doucement :

Peu importe ce que tu as vécu, peu importe les traces que ton histoire a laissées dans ton cœur, dans ton esprit et dans ton corps… tu as le droit , aujourd’hui, d’ouvrir un espace d’amour pour toi.

Le 8 mars nous rappelle que nous méritons l’égalité et la justice, mais chaque jour de l’année nous rappelle aussi que nous méritons l’amour de nous-mêmes.

Et cet amour-là ne se mendie pas, il se cultive… doucement, tendrement et « ensemble ».

Avec toute ma tendresse,

Louise

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