Et si je n’avais plus rien à dire… et que c’était correct?

Et si je n’avais plus rien à dire… et que c’était correct
Et si je n’avais plus rien à dire, et que c’était correct

Cet article contient une réflexion sur ce qui se passe quand l’élan créatif disparait et qu’il nous semble avoir ne plus rien à dire… et sur ce qu’il reste quand on choisit de rester en lien avec soi, même dans le vide.

(temps de lecture : 8 minutes)

Quand l’élan disparait, que reste-t-il?

Ces jours-ci, en toute transparence, je n’ai pas eu envie d’écrire.

Il faut dire que les dix derniers jours ont été rudes, avec une influenza fulgurante qui m’a tenu au lit plusieurs jours, me sapant de mes énergies habituelles.

Tu sais le genre de virus qui met ton cerveau en zone floue et d’où plus rien ne veut ou ne peut sortir. Les seules choses qui réussissent à s’en extirper, c’est : « je n’ai plus envie de rien », sur un fond de silence plat.

Allongée dans mon lit, entre deux poussées de fièvre et des quintes de toux qui me faisaient mal aux côtes, j’ai eu l’idée d’abandonner tout ce que je possède et de me retirer dans une grotte ou une cabane au fin fond de la forêt, pour m’éloigner de toutes mes « choses » en suspens à cause du virus.

Des choses comme écrire cet article hebdomadaire.

J’attendais comme d’habitude une montée d’intuition qui n’est finalement jamais venue dans mon cerveau figé par la fièvre et la toux.

Soudain… un vertige de doutes m’a serré la poitrine :

Et si je n’avais plus rien à dire pour toujours?
Et si je n’étais plus visité par l’intuition et l’inspiration?

Dans cet espace embrumé, sombre, inconfortable et sans joie, une question a commencé à prendre tout l’espace qu’il restait en moi et à me tenailler.

Quand l’élan disparait

Parce que oui, l’intuition et moi, on forme une super équipe, et ça teinte ma vie de couleurs que j’aime et qui me font du bien.

Remplie d’angoisse, je me disais… et si elle ne se présentait plus? Et si je n’étais plus là pour l’accueillir? Et si ça faisait que je n’avais plus rien à dire? Que vais-je devenir?

À cet instant et dans cet état, prendre conscience de ça m’a fait ressentir encore plus de lourdeur.

L’élan n’était plus là – du moins à ce moment – et une chose horrible s’imposait à moi : je ne pouvais pas forcer l’intuition à venir vers moi, tout comme je ne pouvais pas le faire moi-même vers elle.

Plus j’y pensais, plus je sentais la pression subtile créée par toutes ces choses que je devais prendre en charge – mes responsabilités, mes projets, etc.

D’où l’envie de fuir dans une grotte ou une cabane au coeur de la forêt. Ô forêt sacrée de Bretagne, je me languis de toi plus que jamais!

En plus de me battre pour que ce virus me lâche enfin, je vivais un tiraillement intérieur sans relâche :

Une part de moi voulait tirer sa révérence pour de vrai et s’isoler à des kilomètres de tout ça.

Une autre part se demande si je n’étais en train de me couper, d’abandonner, de jeter la serviette.

Alors, après un certain temps, je me suis arrêtée avec cette question, toute simple… mais pas si confortable que ça :

Est-ce que je suis en train de vouloir me retirer… ou de me fuir?

Se retirer ou se couper – une frontière fragile

À ce stade, j’étais complètement dans l’ambivalence.

Parce que la ligne est mince entre « se retirer » ou « se couper ».

Alors, allongée au fond de mon lit, avec courage, je me suis posé deux questions face à cette situation de perte d’élan :

Tout d’abord : Qu’est-ce que ça veut dire pour moi « me retirer »?

Me retirer me permettrait du repos; le repos du corps, mais aussi de l’esprit et du mental. Me retirer me permettrait un retour doux à moi.

Et en t’écrivant ceci, trois belles tourterelles se présentent au pas de ma porte patio pour picorer des flocons tout frais de neige au sol, étanchant ainsi leur soif, et me passant le message suivant avec un clin d’oeil : se retirer est un acte d’amour, Louise.

Mais alors : Que veut bien dire « se couper » face à ce que je vivais?

Même si j’ai trouvé ça difficile de me l’avouer, « me couper » était de façon claire ce qu’il évoquait : me fermer, m’éviter… peut-être vue comme un réflexe de protection instinctif, mais tout de même, il évoquait une perte de contact volontaire à quelque chose de souffrant.

Je dois dire que, même en ayant identifié ces deux polarités, ce n’était pas si clair que ça de l’intérieur.

Parce que je ne savais pas nécessairement où je me situais. L’incertitude était de la partie.

Est-ce que je restais en lien avec moi dans un geste d’amour en me retirant?

ou bien

Est-ce que je me figeais pour disparaitre dans le fin fond d’une grotte en me coupant?

Au lieu de chercher une réponse parfaite ou toute faite, qui demandait trop d’énergie que je n’avais pas, j’ai plutôt cherché ce qui m’aidait à rester en contact avec moi-même, ainsi qu’avec la plus grand que moi à l’intérieur de moi-même, même si c’était juste un tout petit peu.

Rester en lien… même quand tout ralentit

Puis là, mes yeux ont glissé sur mon sac de création voyageur; ce fidèle compagnon qui me suit partout dans la maison et ailleurs.

Eurêka! Mais oui, c’est ça!

Par sa présence et son contenu, il m’assure ce lien avec mon intérieur, même quand tout s’embrouille et que j’ai l’impression de n’avoir rien à dire.

Je peux y puiser ce dont j’ai besoin, là, ici et tout de suite – en pleine énergie ou malade tout au fond de mon lit.

Et durant ce dur passage du virus de l’influenza, il m’a soutenu de différentes manières :

  • Lectures inspirantes, dont « Mutation » de Frédérique Lemarchand; un baume de lumière sacrée sur mon corps en perte d’énergie.
  • Écritures dans mon carnet quotidien, pour y garder des bouts de textes inspirants que je lis ou que j’entends :

Vous êtes nés emplis de dons

Vous êtes nés emplis de bonté et d’assurance

Vous êtes nés emplis de rêves et d’idéaux

Vous êtes nés revêtus de grandeur

Vous êtes nés avec des ailes

Vous n’êtes pas nés pour ramper

Alors abstenez-vous

Vous avez des ailes

Apprenez à vous en servir

Et vous vous envolerez

– Rûmî – poète, mystique et théologien persan

  • Vivre et « laisser agir » mes créationsdans Mon Carnet du Coeur et ses messages :

« Sous l’aile de ma sagesse, mes yeux s’ouvrent, et j’ose le pas de plus, j’ose le passage… le passage vers la Vie. »

  • La prière et les textes sacrés

Ce que j’adore et qui me comble dans ces « actions », c’est que ce sont des gestes simples, presque invisibles. Ce ne sont pas des gestes « productifs », mais profondément nourrissants.

Ils invitent juste à « être là », sans rien faire de spécial ou de marquant… et même sans avoir rien à dire!

Aucune performance n’est demandée ni exigée pour se relier à soi et au plus Vaste – selon ses croyances – même pas gros comme un grain de sable.

Et c’est là que quelque chose d’inattendu s’est doucement révélé pour moi…

Et si n’avoir rien à dire faisait partie de ce que j’avais à dire

J’ai eu comme un moment d’arrêt soudain sur ce vertige de « ne plus avoir rien à dire ou ne plus savoir quoi dire ».

Mon identité de créatrice et d’accompagnatrice, je l’avoue, a vacillé, durant ces jours de réflexion. Mais tout à coup, une minuscule ouverture s’est faite en moi…

Et si ce vide, ce « rien » qui se passe, n’était pas un problème, mais un chemin, un « pas-sage »?

Et si, dans ce silence, quelque chose se déposait en profondeur en moi?

Et dans ce minuscule espace, une confiance timide a remonté doucement de la noirceur vers mon coeur. Une confiance que l’intuition, les mots, reviendront quand ils reviendront.

Ce qui m’a conduite aujourd’hui, plutôt qu’à forcer les mots… à me donner la permission.

Consentir à la permission

Ce que j’écris à cet instant, malgré tout, est né de là. Né parce que je me suis offert, non pas une grotte ou une cabane au coeur d’une forêt bretonne, mais plutôt…

La permission de ne pas être inspirée.

La permission de ne pas savoir.

La permission de me retirer en moi sans me juger.

Et je te retourne la question :

Et toi… que fais-tu quand l’élan disparait?

Moi, je reviens doucement vers moi, même dans le doute, quand c’est flou ou que j’ai le gout de disparaitre dans une grotte au fin fond de la Bretagne, je reste en lien avec moi.

ALLER PLUS LOIN – Rester en lien, tout doucement

Je t’invite à t’offrir un moment simple, sans attente et sans objectif.

Peut-être t’installer dans un endroit où tu te sens bien… avec un carnet, quelques couleurs ou simplement ce qui est là autour de toi.

  1. Prends un instant pour juste être là– Respire, ralenti un peu, sans chercher à comprendre quoi que ce soit.
  2. Laisse ensuite ton regard glisser– Doucement autour de toi, sans analyser et sans choisir avec ta tête. Juste laisser quelque chose t’appeler : un objet, une couleur, une lumière, un livre, un bout de papier, un silence. Peut-être même quelque chose de très simple… presque invisible.
  3. Arrête-toi– Quand quelque chose attire ton attention, arrête-toi là et prends un moment pour sentir : Qu’est-ce que ça vient toucher en moi? En quoi ça me garde en lien avec moi-même, même un tout petit peu?
  4. Laisse une trace– Si tu en as l’élan, laisse une trace dans ton carnet. Pas pour faire quelque chose de beau, mais pour honorer ce lien avec ce qui a attiré ton regard. Ça peut être : tracer une ligne, déposer une couleur, écrire quelques mots, coller quelque chose ou simplement rester là, en présence. Laisse tes mains bouger comme elles en ont envie… ou ne rien faire du tout.
  5. Rappelle-toi– ce lien n’a pas besoin d’être fort. Il peut être fragile, discret ou presque imperceptible, mais il est là.
  6. Boucler– Tu peux terminer ce moment en déposant doucement une intention ou une parole intérieure autour de ta page : Je reste en lien avec moi… même ici.

C’est le moment de laisser ce lien avec toi-même se tisser à ton rythme, avec douceur et tendresse, et ce, même si tu as l’impression de n’avoir rien à dire.

Et si tu te retrouvais autrement

Peut-être que tu es, toi aussi, dans un de ces moments où l’élan se fait discret, où les mots ou même les gestes tardent à venir, où quelque chose en toi demande simplement… de ralentir.

Et peut-être que, comme moi, tu as parfois envie de disparaitre dans une grotte au fond d’une forêt… juste pour ne plus rien avoir à porter pendant un moment.

Si c’est le cas, j’ai envie de te dire ceci, tout doucement :

Tu n’es pas en train de te perdre, belle créative. Tu es peut-être simplement en train de te retrouver autrement, dans un rythme différent, dans un espace plus silencieux, dans un lien plus fin… mais bien réel.

Alors, que cet espace que tu t’offres – aussi fragile soit-il – puisse devenir un lieu où tu te déposes sans te juger, un lieu où tu n’as rien à prouver, rien à forcer, rien à faire revenir. Juste à être là… et à rester en lien, à ta façon.

Et si un jour tu ressens à nouveau l’appel de la forêt ou de la grotte… peut-être que tu n’auras pas besoin d’y disparaitre complètement. Peut-être que tu pourras simplement t’y asseoir un instant avec toi-même et écouter ce qui te met en lien avec toi-même.

Avec douceur,

Louise

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