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Un aller-retour qui change tout
Depuis plusieurs années, sur mon chemin d’exploration de la Création intuitive et de l’amour de soi, il y a quelque chose qui me fascine et, en même temps, qui me questionne, qui m’interpelle.
Tout d’abord, il y a ces moments où ça ne va pas.
Des moments où je ne suis pas à mon meilleur, où des émotions plus lourdes me traversent, m’enlèvent de l’énergie et me font me sentir mal de l’intérieur.
Et puis, parfois, très peu de temps après – dans la même journée ou bien dans la même heure – surgissent des moments lumineux.
Des moments de joie, de connexion, d’ouverture, de sourires, presque comme de petites « épiphanies », où je me sens bien.
C’est cet écart entre l’ombre et la lumière qui m’interpelle profondément.
Parce que, lorsque ça se présente, des questions qui nourrissent le doute surgissent presque toujours en moi :
Est-ce que je me trompe de chemin? Est-ce que je retourne en arrière?
Et je sais que je ne suis pas la seule à me questionner, à douter, lorsque ça se produit.
Dans mes accompagnements, je vois à quel point cette expérience est profondément humaine. Et quand une femme ose en parler, je sais qu’il y en a beaucoup d’autres qui vivent la même chose en silence.
Alors, sans s’en rendre compte, une autre question s’immisce dans nos peurs :
Est-ce normal que ces moments difficiles cohabitent avec des moments de lumière?
Le doute ou la culpabilité…
Lorsque l’on avance sur le chemin de l’amour de soi, inévitablement, on se transforme.
Cette alchimie s’opère lorsque l’on s’accueille avec plus de douceur; que l’on se perçoit autrement; que l’on reconnait des parties de soi longtemps cachées.
Alors, on se dit : je me sens mieux… tellement mieux. (la plupart du temps avec un grand « Aaaah » de soulagement)
Bien souvent, aussi, notre entourage le remarque :
« Tu dégages une énergie nouvelle. Tu sembles plus ouverte, plus présente. »
Et ça nous confirme encore plus que cet amour de soi change tout.
Mais lorsqu’un moment difficile refait surface – une mauvaise journée, un mal de tête qui ne passe pas, une panne de voiture, etc. – et que des émotions et des réactions désagréables et sombres remontent, une autre voix s’élève :
« Je croyais que j’étais rendue ailleurs, que c’était réglé… Comment ça se fait que ça revienne? J’aurais dû dépasser ça. »
Et avec elle, le doute, la culpabilité… et souvent même la honte.
Comme si ces moments plus sombres venaient invalider tout le chemin parcouru.
Et c’est là qu’on peut entrevoir qu’une croyance silencieuse soutient peut-être ce décalage intérieur.
Le mythe d’un chemin linéaire
Justement, à ce sujet, notre société – depuis des siècles, voire des millénaires – entretient une fantaisie tenace :
Celle que la lumière ou la paix intérieure ou même la guérison, une fois atteinte, ferait disparaitre les moments sombres pour toujours.
On le voit et on l’entend partout, notamment à travers la quête dans les contes de fées, les histoires ancestrales, tout comme dans les récits de « avant et après » promettant le « miraculeux » par un accès définitif à la lumière, tout en finissant pour toujours avec l’ombre.
Je ne veux pas généraliser, mais, bien souvent, il y a un décalage important entre ces récits et l’expérience vécue réelle.
Ce que j’observe, chez moi comme chez les femmes que j’accompagne, c’est que ce chemin n’est ni linéaire ni définitif.
Il n’y a pas de baguette magique dans la « vraie vie »!
Et si ces allers-retours entre moments difficiles et lumière n’étaient pas des erreurs… mais plutôt des signes?
Les « défauts » comme indicateurs de voie
Pendant longtemps, on m’a fait croire ET j’ai cru que ces mouvements intérieurs qui me plaçaient dans l’ombre étaient des « défauts » à corriger, des manquements ou quelque chose de « brisé » en moi.
Ça m’a pris du temps, mais, aujourd’hui, je les vois autrement.
Je crois qu’ils dévoilent et parlent plutôt de la voie que j’emprunte : celle de l’amour de soi, de la tendresse, de la douceur envers moi.
Je sais bien que c’est un chemin encore peu fréquenté et difficile à accepter, parce que plus un chemin est juste et aligné avec soi, plus il devient étroit – non pas oppressant, mais précis.
Ce chemin qui mène vers le coeur, est comme un sentier; un sentier qui demande de l’écoute, de l’ouverture, de l’intention et de l’attention, de l’engagement, de l’audace, et tout ça enveloppés de tendresse et de douceur…
Et lorsque l’on consent à ce chemin vers soi, il révèle, sur notre passage, ce qui n’est pas encore aligné, par des moments d’ombre et de combat intérieur.
Et dans ce chemin d’amour de soi, je suis profondément consciente qu’on marche sans pouvoir s’appuyer sur des recettes connues, parce que les recettes connues nous font croire que d’un coup de baguette, tout va se régler, et qu’après… il n’y aura plus d’ombre, de douleurs, de noirceur.
En observant ça, on constate que, finalement, les doutes ne sont pas un signe d’erreur, mais un signe de justesse.
Et cette compréhension m’a rappelé une image très forte.
Quand la lumière fait voir plus qu’il n’y parait
Ce qui est beau avec la lumière, c’est que lorsqu’elle augmente, elle éclaire tout ce qui l’entoure, révélant des détails alors invisibles à l’oeil auparavant.
Et comme elle éclaire davantage, elle rend aussi la poussière – communément appelée « défauts » – plus visible.
Pourtant, cette poussière n’apparait pas parce que la pièce est plus sale.
Elle apparait parce qu’on voit mieux, grâce à la lumière! – n’est-ce pas!
(Il faut l’avouer : si vous attendez de la visite, diminuer la lumière fait parfois des miracles!).
De la même manière, lorsque la lumière de l’amour de soi, de la joie et de la paix intérieure grandit en nous, elle met au jour également les strates les plus profondes, et peut-être cachées, de notre être.
Non pas parce que nous allons moins bien, mais parce que nous voyons plus clair.
Et cette lumière qui augmente et qui éclaire plus finement ce qui est autour d’elle, il faut reconnaitre que, pour la voir, on doit parfois accepter qu’un peu d’ombre s’installe autour.
Véselay : L’ombre qui met en valeur la lumière
Il y a quelques jours, j’entendais une anecdote racontée par une guide de la basilique de Vézelay, en France.
Un photographe avait été mandaté pour capter la lumière exceptionnelle qui entre par les vitraux au solstice d’été, et qui met en valeur, à cette période, certains éléments architecturaux.
Mais une fois sur place, il fut surpris de constater que la lumière était… trop intense.
Impossible pour lui de saisir la finesse des sculptures et les histoires qu’elles racontent.
Il a fallu attendre que la lumière diminue légèrement pour accéder au sacré de ces détails.
Et donc, il a fallu que l’ombre prenne un peu plus de place, pour que la beauté puisse en être révélée.
Cette image m’a frappée et sa sagesse m’habite encore.
L’ombre n’est donc pas l’ennemie de la lumière. Elle est son alliée!
Un espace où la danse devient possible
Depuis 2014, j’explore la Création intuitive et son impact dans ma vie, dans la vie de celles qui l’expérimentent aussi.
Je vois à quel point elle ouvre des espaces intérieurs vastes et sécurisants, où l’ombre et la lumière peuvent coexister.
Parce que dans l’expérience de la Création intuitive, rien n’a besoin d’être corrigé.
Le geste n’a pas besoin d’être technique. Le trait n’a pas besoin d’être droit. Le cercle n’a pas besoin d’être parfait. Le papier n’a pas besoin d’être bien découpé. L’écriture n’a pas besoin d’être sans faute.
Dans l’espace de la Création intuitive, on ne crée pas pour aller mieux, mais pour habiter ce qui est là – lumière, tout comme ombre.
Les mains remplies de sagesse plongent dans la matière, au-delà du mental qui doute.
Et la matière nous accueille, sans juger, sans systématiser.
Des balises sur notre chemin
Alors peut-être que le chemin de l’amour de soi n’est pas de rester dans la lumière, mais d’apprendre à marcher sur une voie juste pour soi :
Celle qui nous révèle à nous-mêmes, même lorsqu’elle est étroite; surtout lorsqu’elle est étroite!
Et que cette justesse nous révèle à nous-mêmes… dans l’ombre comme dans la lumière.
Lorsque les moments sombres arriveront – parce qu’ils arrivent toujours – le doute qu’ils génèrent, ce sont alors des balises de notre chemin d’amour de soi qui clignotent pour nous indiquer la voie.
ALLER PLUS LOIN – Accueillir la danse entre l’ombre et la lumière
Je t’invite maintenant à faire l’expérience de ce va-et-vient entre l’ombre et la lumière, non pas avec la tête, mais avec tes mains et ton coeur.
Installe-toi dans un espace calme, avec ton matériel habituel pour créer de manière intuitive, puis :
1. Te déposer dans ce qui est là – Avant de créer, prends un moment pour sentir ton état intérieur, sans analyser, sans juger, sans attente de résultats. Pose-toi simplement cette question : « En ce moment, est-ce que je me sens plutôt du côté de l’ombre ou du côté de la lumière? ». Il n’y a pas de bonne réponse. Ce que tu ressens est juste.
2. Donner une forme à l’ombre – Dans ton journal, commence ta création en laissant l’ombre s’exprimer en premier. Laisse venir les gestes, les couleurs, les textures qui correspondent à ce qui est plus dense, plus lourd, plus inconfortable. Ne cherche pas à embellir. Ne cherche pas à comprendre, mais laisse simplement la matière recevoir ce qui est là.
3. Laisser émerger la lumière… ou non – En observant ta création, demande-toi doucement : « Y a-t-il, quelque part, une lumière qui souhaite apparaitre? ». Si oui, laisse-la émerger là où elle veut, comme elle veut. Sinon, respecte cela aussi. Parfois, la lumière commence par un simple espace, une respiration, un blanc. Rappelle-toi : la lumière n’est pas obligée d’effacer l’ombre, elle peut simplement coexister avec elle.
4. Observer la relation entre les deux – Lorsque tu ressens que ta création te semble terminée, prends un moment pour l’observer. Pose-toi ces questions, sans chercher de réponses parfaites : « Comment l’ombre et la lumière cohabitent-elles ici? Est-ce que l’une révèle l’autre? Est-ce que quelque chose en moi se détend en voyant cela? »
5. Intégrer – Si tu le souhaites, écris quelques mots autour de ta création. Non pas pour expliquer, mais pour laisser une trace de ce que tu ressens en l’observant . Et rappelle-toi : ce que tu viens de créer n’est pas un problème à résoudre, mais un témoignage vivant de ton chemin.
Peut-être que le chemin de l’amour de soi ne consiste pas à rester dans la lumière, mais à apprendre à marcher avec confiance, même lorsque l’ombre se présente.
Habiter le mouvement
Peut-être que le chemin de l’amour de soi ne consiste pas à éliminer l’ombre pour enfin rester dans la lumière.
Peut-être qu’il nous invite plutôt à apprendre à habiter le mouvement entre les deux. À reconnaitre que les moments d’ombre ne sont pas des fautes de parcours, mais des espaces sensibles où quelque chose cherche à être entendu.
Et que les moments de lumière ne sont pas des aboutissements, mais des éclaircies qui nous aident à voir un peu plus loin.
Lorsque l’on cesse de juger ces allers-retours, quelque chose se détend à l’intérieur. On n’a plus besoin de se surveiller ni de se corriger sans cesse. On peut simplement observer, ressentir, ajuster.
Alors, peut-être que ce chemin ne demande pas plus d’efforts, mais plus de présence. Une présence douce, curieuse, fidèle à ce qui se vit ici et maintenant.
Et si l’ombre et la lumière continuent de se répondre, ce n’est peut-être pas pour nous égarer, mais pour nous apprendre, pas à pas, à nous faire confiance, ainsi qu’à notre sagesse intérieure.
Avec toute ma tendresse,


