Le secret du pardon spontané par la tourterelle

La tourterelle et le secret du pardon spontané | Un souffle qui sait avant la tête
La tourterelle et le secret du pardon - Un souffle qui sait avant la tête

(temps de lecture : 9 minutes)

Un souffle qui sait avant la tête

Il y a quelques jours, j’ai vécu une expérience de pardon spontané tout à fait inattendue, que j’ai envie de partager avec toi aujourd’hui.

Ce que je ne savais pas alors, c’est que cet instant allait m’enseigner quelque chose de bouleversant sur le pardon – celui qui surgit avant même qu’on ne le comprenne.

C’est arrivé après un moment où j’avais été absente de chez moi tout l’avant-midi. À mon retour, je me suis installée à mon bureau d’ordinateur dans mon espace de vie, d’où, tout à coup, mes yeux se sont dirigés dehors, vers une tache noire au sol, sur la neige fraiche qui était tombée doucement au cours de la nuit.

Ça m’a intrigué. Je me suis demandé ce que c’était, et… en m’approchant plus près de la fenêtre, j’ai eu un choc : c’est un oiseau!

Peut-être avait-il besoin d’aide?

Je me suis précipitée à l’extérieur, pour réaliser que c’était une magnifique tourterelle triste.

Elle était là, tombée sur le ventre dans la neige blanche. La tête tournée sur le côté avec une toute petite perle de glace rose translucide entre son bec entrouvert.

Il était trop tard, elle était morte.

Émue, j’ai délicatement glissé mes doigts sous elle, et, en la prenant dans mes mains, il y a un mot qui est sorti spontanément de ma bouche, comme un souffle : pardon, pardon, pardon ma toute belle.

À cet instant, c’est quelque chose en moi qui a parlé avant même que je ne puisse comprendre ce qui se passait.

L’ouverture devant la fragilité

Dans le creux de mes mains, j’ai vu à quel point cette tourterelle était magnifique. La douceur de son plumage; son ventre qui était encore souple, même si le froid avait commencé à raidir ses ailes; la douceur de ses plumes; la délicatesse des détails du duvet dans son cou – un petit rose iridescent absolument sublime, qui miroitait dans la lumière, sur le dessus de ce gris pâle cendré.

Et devant tant de fragilité pure, quelque chose en moi s’est ouvert; un pardon spontané a surgi là où mon coeur a reconnu cette perte immense pour la nature.

Mais qu’est-ce que cette tourterelle avait fait pour en arriver là?

Le mystère du pardon spontané qui sait

Dans cette surprise avec ce pardon spontané qui est montée pour cette triste tourterelle, je me suis demandé par la suite :

À qui est-ce que j’ai demandé pardon? Est-ce à elle? Où à la Vie? À moi-même? À l’humain, qui crée des fenêtres avec des vitres invisibles pour les oiseaux? (parce que oui, elle était morte après avoir heurté de plein fouet une vitre.)

Encore toute remuée, dans cette réflexion qui s’est ouverte en moi à ce moment, j’ai réalisé qu’en chacun de nous, probablement, il y avait un « puits » du pardon spontané qui sommeillait dans notre poitrine.

Une intelligence qui sait avant la tête, le moment exact pour ouvrir les vannes du pardon spontané dans une situation comme celle-ci ou autres.

Et là, j’ai réalisé que je le vois aussi dans le travail de l’amour de soi par la Création intuitive. Le pardon spontané est déjà là, beaucoup plus souvent qu’on ne le croit. Il habite un espace dans notre coeur où il est toujours prêt, comme un baume, à être diffusé.

Tout comme je l’ai vu dans le Carnet du Coeur qu’on vient de terminer, au moment où il y a eu ce verbe « pardonner » qui faisait partie d’un thème, durant le parcours; et que j’ai déjà évoqué dans un article précédent.

Nous portons un pardon spontané en attente

Ce mot « pardonner » qui a visité ce parcours créatif, je vois à quel point il est tellement puissant que, dans sa polarité, il est dérangeant.

Par cette expérience du Carnet du Coeur, je découvre, là aussi, que le pardon n’est pas à fabriquer, mais plutôt à laisser apparaitre.

Je l’ai vécu dans cette expérience avec la tourterelle, lorsqu’il est monté de façon spontanée, bien avant que mon mental se met en action.

Et je peux voir que ce pardon n’est absolument pas une action volontaire. C’est un mouvement qui part de l’intérieur et qui se déclenche au contact du vivant vulnérable.

Ce vivant « vulnérable » peut prendre toutes sortes de visages, toutes sortes de formes, que notre mental peut rejeter, peut juger, peut refuser.

Bien sûr, peut-être que tu peux te dire :

C’est assez facile de laisser monter le pardon avec une tourterelle si belle, morte dans une circonstance tragique!!!

Mais je t’assure que, cette année, il m’est arrivé une expérience similaire, mais face à une personne qui avait fait des choses horribles dans mon entourage. Et jusqu’à l’évènement de la tourterelle, je n’avais pas fait le lien avec le pardon entre ces deux évènements.

Au cours de l’été, lors d’une marche en forêt, après avoir eu des nouvelles dramatiques de cette personne, est montée en moi, sans que je ne le cherche, et de manière naturelle, un pardon spontané. Et j’ai su à cet instant précis, sans comprendre, que tout à coup ce pardon était librement donné.

La collision invisible

Si je reviens à cette belle tourterelle, je peux dire qu’elle est morte parce qu’elle a heurté de plein fouet une vitre; l’empreinte qu’elle y a laissée en est la preuve.

J’émets même l’hypothèse – parce que la trace sur la vitre est très importante – qu’elle a frappé ce « mur invisible », parce qu’elle était poursuivie; habituellement cet oiseau ne vole pas rapidement, surtout au décollage.

Je pousse l’idée ici qu’on peut faire un lien avec nos propres vies.

Il nous arrive, à nous aussi, de nous heurter à des parois invisibles – « poursuivis » par nos croyances, nos injonctions, nos barrières intérieures, nos blessures, nos manques…

Dans ces moments de rupture, au lieu de se juger, au lieu de se taper sur la tête, au lieu de se sentir moins que rien ou coupable, ce qu’on devrait sentir monter par rapport à nous est ce pardon.

Parce qu’il y aura toujours des moments où on va se heurter à nos propres limites, où on va être confronté à nos propres jugements, où il y aura une part de nous en pleurs et blessée… et c’est normal!

Il n’y a qu’une chose que l’on puisse faire dans ces situations, c’est le pardon à soi-même.

Déposer ce qui a été blessé

Dans ces moments où l’on frappe des murs invisibles…

Et si on se soulevait comme je l’ai fait pour la tourterelle : avec beaucoup d’empressement, de douceur et de délicatesse.

Et si l’on se tenait entre nos mains avec un mot qui monte naturellement sur nos lèvres; pardon.

Et si l’on pouvait observer les couleurs extraordinaires qui sont les nôtres, la perfection de qui on est.

Et si l’on se déposait à ce moment dans un espace bienveillant en chuchotant des mots doux, des mots réconfortants, des mots aimants.

Et si on se bénissait d’être qui nous sommes, et, qu’en ce moment, bien que tout soit difficile, tout ira bien.

Je sais que, par la Création intuitive, j’ai appris à accueillir cette part blessée dans ces moments de heurt.

J’ai appris à m’offrir un espace intérieur, un lieu de repos, des mots doux, de la tendresse; c’est humainement extraordinaire.

Parce que ces gestes métaphoriques dans la matière brute nous permettent concrètement de réaliser ce genre de coconnage, ce genre de rituel intérieur.

Parce qu’en fait, quand on s’accueille de cette façon, quand on se dépose intérieurement sur ce lit de douceur au moment où l’on heurte des murs invisibles, notre coeur laisse monter naturellement l’eau du puits du pardon.

L’autre tourterelle

Lorsque j’ai finalement déposé cette tourterelle inanimée sur ce lit de neige toute fraiche en lui parlant doucement, j’ai été surprise, en relevant les yeux, de voir une autre tourterelle perchée sur une branche dans la grande épinette devant moi.

J’ai été émue à nouveau et je lui ai aussi parlé, en lui disant : Pardon. Peut-être était-ce ta soeur, ta mère, ta cousine, ton amie. Je suis désolée.

Et pourtant, en même temps, dans cet espace de pardon, j’ai pu voir qu’il y avait une autre part de la vie qui était bien vivante en opposition à celle qui n’était plus.

Tout existait dans cette polarité entre la mort et le vivant, l’ombre et la lumière.

En nous aussi, il y a ces parts délicates; celle de nous qui voit l’autre part tomber.

Quelle part en toi reste vivante, même quand l’autre part chute?

Parce qu’il y aura toujours ces deux parts à l’intérieur de nous, cette ombre, cette lumière.

Le pardon spontané : une réponse « écologique » du coeur

À travers ces expériences et ces observations, ce que je peux voir maintenant, c’est que : le pardon spontané ne vient pas du mental, d’un concept « new age » ou d’une idéologie religieuse.

Ça ne sert absolument à rien de faire cette équation mentale pour y arriver.

Le pardon spontané surgit devant la perception que notre cœur a de la vulnérabilité lorsque l’on se heurte à l’invisible, et ce, au-delà des apparences et des circonstances; autant pour soi que pour l’autre.

Dans cet instant, nos yeux intérieurs voient le côté sacré de ce qui est tombé.

Parce que, même si nous sommes en présence d’une personne ayant commis des actes horribles qui nous ont causé de la souffrance et peut-être même privées ou amputées d’une part de soi, il y a un espace sacré en cette personne, et ce, même si on ne le perçoit pas; je sais que ça peut être difficile à lire ou à saisir. Je te le concède, et tout va bien, tout est parfait.

Ce que j’ai découvert dans les plongées Créatives intuitives, c’est que, peu importe, ce qu’il nous est arrivé, le pardon est souvent quelque chose qui jaillit de derrière une couleur, sous une forme, une image ou un geste.

Il y a quelque chose dans cette forme de création « naïve » qui vient réparer – comme un autosoin – et qui fait jaillir ce pardon, de manière écologique, naturelle.

Parce que les participantes qui partagent à la fin de nos plongées créatives vont parler de transformations, de réparation, de libération, mais tout ça sous-entend qu’il y a une paix qui s’est faite, et que… s’il y a cette paix, c’est grâce au pardon qu’on s’est donné – où qu’on a donné – sans s’en rendre compte.

Et donc, ce pardon précède tout.

ALLER PLUS LOIN – L’OISEAU DU PARDON

Parce que ces expériences m’ont profondément transformée, j’aimerais t’offrir quelques pistes de contemplation pour que ton propre cœur puisse se déposer dans ce mystère.

Laisse-le répondre doucement sans le presser; il sait bien avant la tête, fais-lui confiance.

Est-ce que ça t’est déjà arrivé à toi aussi de sentir surgir le pardon, comme venant de nulle part?

Est-ce que tu en as pris conscience ou pas?

Quelle part de toi, es-tu appelé à tenir dans tes mains avec douceur?

Quelle part de toi a frappé une vitre invisible?

Regarde encore ce qui se passe? Ce qui s’est passé?

Tu peux, si tu le souhaites, dessiner une silhouette d’oiseaux au repos dans ton journal, ton Carnet; l’installer confortablement dans un nid sécuritaire, puis écrire sur son coeur un pardon que ton coeur a peut-être déjà prononcé et que tu n’as pas encore entendu.

Un mouvement d’amour

Je me revois avec cette tourterelle et je sens encore le poids de son corps dans mes mains en coupe pour l’accueillir.

Je sens en moi une vague qui roule doucement vers ma gorge, ce pardon qui monte et qui franchit mes lèvres.

Je sens qu’il y a un mystère derrière ce moment particulier, et que j’ai eu cette grâce de voir et de sentir la beauté dans la blessure, la présence de la magnificence à travers la mort.

Le pardon spontané est peut-être ce premier souffle d’amour que le cœur murmure quand il touche la vulnérabilité, que ce soit la nôtre ou celle du monde.

Je ne partage pas tout ça pour te convaincre de pardonner. Pas du tout!

Mais, si ma propre expérience peut contribuer à éclairer d’une infime part le fonctionnement interne de notre cœur, alors, j’aurai réussi à transmettre l’inspiration de l’Esprit que j’ai reçu de cette compréhension. Je pourrai ainsi continuer de rayonner, en exprimant ma gratitude, dans cette quête de l’amour de soi par l’expérience humaine de la Création intuitive.

Puisse-tu sentir, toi aussi Caroline, ce souffle qui murmure quand ton cœur touche le fragile.

Si tu sens que ce n’est pas pour toi, tout est parfait.

D’une manière ou d’une autre, je nous souhaite l’ouverture de nos cœurs à l’Énergie qui vibre en tout, et ce, peu importe de quelle façon nous le faisons. Ce qui compte, c’est d’être en mouvement vers Soi.

Avec toute ma vulnérabilité et mon accueil,

Louise

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