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Cet article contient une rencontre inattendue avec Matisse, d’où je t’emmène écouter ce qui est encore vivant en toi, pour retrouver l’élan de créer et de te retrouver, là, maintenant.
(temps de lecture : 11 minutes)
Lorsque certaines portes se ferment, la vie cherche une autre forme.
Il y a quelque temps, j’ai vécu une rencontre qui m’a touchée profondément. Et comme souvent, lorsque quelque chose me touche comme ça, j’ai envie de le déposer ici, avec toi.
Tu vas voir, c’est une suite d’observations qui m’ont été inspirées lors d’un moment d’écoute attentive.
Une rencontre que je n’attendais pas
Bien que j’adore la lecture, j’aime aussi écouter les gens à travers des entrevues. Je trouve que ça nous donne accès à certains éléments qui sont invisibles à la lecture.
C’est en écoutant une entrevue de Fabrice Midal avec Claudine Grammont, grande spécialiste d’Henri Matisse, que quelque chose d’inattendu s’est ouvert en moi.
Cette rencontre, entre eux, arrive au moment où se déroule une grande exposition de l’artiste au Grand Palais de Paris
Ce qui a piqué ma curiosité, c’est d’abord que cette exceptionnelle présentation publique s’intitule « Quand Matisse réinvente l’art aux ciseaux »; consacrée entièrement aux dernières années de sa vie – 1941–1954.
Jusqu’à cette entrevue, mon cœur a toujours chaviré fidèlement pour l’artiste libre Marc Chagall. Il me touche par l’intérieur avec ses couleurs, ses amoureux et ses violonistes qui flottent dans le ciel en compagnie de coqs… son rapport au jeu, à l’amour et à l’intimité.
Quand je suis en présence de ses œuvres, c’est comme s’il parle directement à ma Petite Créative intérieure de manière poétique.
Je me souviens encore en détails du jour où mon amour pour Chagall s’est transformé en coup de foudre.
Il y aura bientôt dix ans, j’ai reçu une surprenante et généreuse invitation pour aller à « sa » rencontre au musée des Beaux-Arts de Montréal.
Sur place, j’ai été complètement renversée par ses œuvres; allant des toiles, à la sculpture, puis aux vitraux, mais aussi par les costumes et les décors de l’opéra « La Flute enchantée » de Mozart.
J’ai tellement été saisi par cette immersion que j’ai visité deux fois l’exposition au cours de la même journée!
Oui, oui. Après une pause repas dans un petit resto tout près, j’ai senti que j’avais besoin d’y retourner… et pas n’importe comment. On a pu entrer par la fin du parcours, puis le refaire cette fois-ci, à l’envers.
Le cœur battant et le souffle court, c’était comme si je ne voulais pas quitter cet « amour » que je venais de rencontrer. Je ressentais le besoin de continuer de me sentir touchée par lui, par l’artiste à travers la matière. Ou bien était-ce l’inverse? J’en suis encore émue en te l’écrivant.
Après cette « rencontre », j’ai été habité pendant des mois par cette vibration qui continuait de résonner en moi.
À partir de là, je n’avais d’yeux que pour ce grand artiste. Il avait conquis mon cœur, rempli mes pensées et nourrit quelque chose en moi.
Certaines rencontres nous marquent. Elles viennent éveiller des parties de nous qui étaient en dormance. Elles se manifestent parfois avant même que nous les reconnaissions. Elles touchent cet endroit en nous qui attendait, sans le savoir, la permission d’être ressentie.
Mais voilà que cette spécialiste de Matisse – commissaire principale de l’exposition actuelle – arrivait là, en ce moment, avec son amour manifeste pour les œuvres du maitre, et particulièrement pour celles en papiers découpés.
Ce qui m’a le plus surpris, ce n’est pas tant Matisse que j’ai découvert, mais plutôt ce que son parcours a révélé.
Quand les mains savent avant la tête
Au fil de l’entrevue, Claudine Grammont racontait comment Matisse en était arrivé à développer ses célèbres papiers colorés, durant les dernières années de sa vie.
Des formes aux couleurs uniques, découpées à même des papiers qu’il peignait lui-même à la gouache avec ses propres mélanges de pigments.
À partir de ces formes découpées, qu’il épinglait sur un immense mur dans son atelier, il créait des assemblages qu’il déplaçait, réorganisait pour en faire naitre des œuvres singulières.
À ce moment-là de l’entrevue, elle a dit :
« […] Matisse ne découpait pas ses formes en traçant des contours. Il les découpait directement dans la couleur. »
Là, je me suis immobilisée pour vraiment saisir ce qu’elle expliquait.
Après tout un travail d’observation et de croquis, Henri Matisse découpait à « ciseau levé », sans aucun contour!
Planté là, je me suis dit : « Mais oui, c’est ça en fait. Il voyait la forme entière, et non le contour. »
Sous ses ciseaux, le bleu de ses papiers devenait des feuilles végétales; le rouge, un mouvement de la nature; le noir, non pas une absence, mais une présence qui ancre tout le reste.
Pendant que je les écoutais converser autour de la démarche de Matisse, il y a quelque chose en moi qui a fait immédiatement un lien avec la Création intuitive.
Un lien avec nos propres papiers colorés. Avec nos expérimentations où nous laissons nos mains entrer en relation avec la matière – papiers bruts, médiums pour enfants et autres trésors du quotidien – avant même que notre mental n’ait tout compris.
Et là, lorsque nous créons de cette manière intuitive…
Combien de fois avons-nous vu apparaitre quelque chose avant même de pouvoir le nommer?
Combien de fois nos mains ont-elles su quelque chose que notre tête ignorait encore?
Combien de fois avons-nous découvert après coup ce qui était en train de se vivre, là sous nos yeux?
Beaucoup de femmes arrivent dans l’univers de la Création intuitive en pensant qu’elles ne savent pas créer. Pourtant, je le vois, leurs mains commencent à raconter quelque chose bien avant qu’elles ne puissent expliquer quoi que ce soit.
Alors, plus j’écoutais cette entrevue, plus je sentais qu’il y avait là quelque chose d’extrêmement précieux dans ces propos. Tous mes sens étaient concentrés.
Ce n’est pourtant pas là que le véritable bouleversement m’attendait. Ça, ce n’était que l’ouverture du chemin.
Le véritable bouleversement est arrivé lorsque j’ai saisi l’âge que Matisse avait lorsqu’il a créé ses œuvres de papier. J’en ai encore des frissons en te l’écrivant.
La leçon cachée de Matisse
Juste avant cette période de sa vie, Matisse avait de graves ennuis de santé et il avait dû subir une intervention chirurgicale particulièrement risquée, qui l’a laissé très affaibli.
On parle ici de conditions qui, par la suite, ne lui permettaient plus de travailler comme auparavant.
Et après cette épreuve, il aurait pu regarder sa vie et conclure que le meilleur était derrière lui, et qu’il pouvait s’arrêter.
Mais là, ça m’a traversé!
J’ai arrêté la vidéo. Je voulais absolument prendre des notes, et m’assurer que j’avais bien compris.
J’ai reculé la vidéo. J’ai réécouté. J’ai reculé à nouveau. J’ai réécouté.
Ce que je réalisais m’a profondément remuée.
On vit dans une culture qui nous fait souvent – tellement souvent – croire que la liberté se trouve en dehors des contraintes. En dehors des responsabilités, tout comme en dehors des blessures et des deuils, en dehors des limites.
On nous fait croire ça, comme si la liberté appartenait uniquement à certaines étapes de notre vie… comme la jeunesse. Comme si on appartenait à la période de notre vie où tout semble encore possible.
Mais, Matisse nous raconte exactement l’inverse en nous montrant ceci :
« Je ne suis pas libre parce que je peux tout faire. Je suis libre parce que je crée avec ce qui est là. »
Et là, stupéfaite par cette leçon de « maitre », une question a surgi en moi :
« Pourquoi avons-nous appris à associer « liberté » et « absence de contraintes »?
Au cœur de cette question, j’ai pensé à nous.
L’impression d’avoir manqué un rendez-vous
Oui. J’ai pensé à toutes les femmes extraordinaires, comme nous, qui arrivent parfois – trop souvent peut-être – à leurs tables de création avec le sentiment d’avoir perdu quelque chose d’elles-mêmes en chemin.
Ces femmes qui ont pris soin des autres, qui ont traversé des épreuves, qui ont porté des responsabilités, qui ont vécu des séparations, des deuils, des remises en question, des transformations…
Elles arrivent parfois devant leur table de création avec l’impression d’être en retard sur leur propre vie. Comme si elles avaient manqué un rendez-vous quelque part avec elles-mêmes.
Pourtant, ce que j’observe depuis des années par l’expérience de la Création intuitive, c’est tout autre chose.
Je vois des femmes qui cessent peu à peu de regarder derrière elles, dans « l’avant ».
Je vois des femmes qui commencent à écouter ce qui est encore vivant, là maintenant.
Je pense entre autres à une femme arrivée juste avant ses soixante-dix ans, convaincue d’être en retard. Quand elle entendait les autres créatives parler de ce qui se transformait en elles par la Création intuitive, quelque chose murmurait : « Si j’avais su ça à quarante ans… »
Mais peu à peu, ce murmure a changé de nature pour elle. Il est devenu autre chose de plus doux.
Et ça, ça change tout!
Parce qu’à partir de là, la question n’est plus : « Qu’est-ce que j’aurais pu faire », mais plutôt…
Qu’est-ce qui est vivant en moi aujourd’hui?
Cette question est extraordinairement féconde. Elle nous ramène dans notre vie. Elle nous ramène dans notre vérité.
Je crois que c’est exactement ça que Matisse a fait.
Il n’a pas créé malgré ses limites. Il a créé à partir d’elles!
Quelle différence immense!
Il n’a pas passé son temps à regretter ce qu’il ne pouvait plus faire. Il a cherché ce qui demeurait vivant en lui. Et il a créé à partir de ça.
Plus j’y pense, plus je me dis que c’est peut-être l’un des plus grands enseignements de cette période de sa vie :
Apprendre à créer avec ce qui est vivant.
Oui! Apprendre à créer, pas seulement à sa table de création, mais apprendre à créer sa vie avec ce qui est vivant.
Pas avec ce qui devrait être vivant. Pas avec ce qui était vivant avant. Pas avec ce qui est vivant chez les autres.
Avec ce qui est vivant en nous, là maintenant.
Peut-être que l’amour de soi commence justement là.
Lorsque nous cessons de nous comparer à ce qui n’est plus, pour écouter ce qui est encore là.
Puis soudain, j’ai compris pourquoi cette rencontre avec Matisse me touchait autant.
Le vivant trouve toujours un passage
Cette rencontre avec Matisse, au détour d’une entrevue pourtant toute simple, ne parle pas seulement de cette source créative que j’appelle affectueusement ma Petite Créative intérieure.
Elle parle aussi de la femme que je suis devenue.
Cette femme qui sait maintenant que la vie ne se déroule jamais exactement comme prévu.
Cette femme qui sait que certaines portes se ferment, que certaines saisons se terminent, que certains cycles s’achèvent.
Mais qui découvre aussi que le vivant, lui, trouve toujours un passage, un chemin, un canal.
Et c’est exactement ce que nous faisons lorsque nous nous installons à notre table de création pour créer intuitivement.
Nous ne cherchons pas à revenir en arrière, nous ne cherchons pas à redevenir celles que nous étions, nous ne cherchons pas à devenir une version idéale de nous-mêmes.
Nous cherchons à rencontrer celle qui est là.
Celle qui respire aujourd’hui. Celle qui désire aujourd’hui. Celle qui rêve aujourd’hui. Celle qui est encore vivante aujourd’hui.
Avant de plonger les mains dans la matière pour créer notre vie intuitivement, demandons-nous :
Qu’est-ce qui est vivant en moi en ce moment?
Une couleur? Une forme? Un élan? Un désir? Un besoin?
Et si, comme Matisse devant ses papiers colorés, nos mains pouvaient nous aider à écouter ça aujourd’hui, qu’est-ce que ça changerait?
Peut-être que la réponse n’est pas de savoir ce qui a disparu ou ce qu’on a l’impression d’avoir manqué, mais plutôt de reconnaitre ce qui cherche encore à passer, à émerger, à vivre.
Parce que oui, le vivant, lui, trouve toujours un passage.
ALLER PLUS LOIN – À l’écoute de ce qui cherche encore à vivre
Je t’invite maintenant à t’offrir un moment de Création intuitive tout simple. Pas pour comprendre, pas pour analyser ou pas pour trouver une réponse, mais… simplement pour écouter.
1. Revenir à la question – Avant de sortir ton matériel chouchou pour créer intuitivement, prends quelques instants pour relire cette question : Qu’est-ce qui est vivant en moi aujourd’hui? Puis ferme doucement les yeux. Et sans chercher une grande réponse, observe simplement ce qui monte. Une sensation, une émotion, une image, une couleur, un désir, un besoin. Accueille ce qui se présente.
2. Choisir ce qui t’appelle – Rassemble quelques papiers, images, couleurs, crayons, médiums ou matériaux qui attirent ton regard aujourd’hui. Ne réfléchis pas trop. Laisse-toi choisir par ce qui t’appelle, comme Matisse devant ses papiers colorés.
3. Créer sans chercher à représenter – Pendant quelques minutes, crée librement. Découpe, colle, trace, superpose, assemble. Ne cherche pas à illustrer ce qui est vivant. Laisse plutôt ce qui est vivant trouver sa propre forme. Si ta « locataire d’en haut » te demande ce que tu es en train de faire, remercie-la doucement et reviens à tes mains.
4. Observer ce qui a émergé – Lorsque tu sens que ta création est terminée, prends un moment pour la regarder. Sans juger, sans interpréter trop vite. Puis demande-toi simplement : Qu’est-ce qui cherche à vivre davantage dans ma vie en ce moment? Écris quelques mots autour de ta création, si tu en ressens l’élan, ou reste simplement en présence de ce qui est là.
5. Choisir un petit passage – Avant de quitter ta table de création, identifie un tout petit geste que tu pourrais poser dans les prochains jours pour honorer ce qui s’est révélé. Pas un grand changement, surtout pas une révolution. Juste un petit passage offert à ce qui cherche à vivre. Parfois, c’est ainsi que le vivant commence à prendre sa place.
Cette exploration ne te donnera peut-être pas toutes les réponses. Mais elle peut t’aider à entendre un peu mieux ce qui cherche déjà à se faire une place en toi. Et parfois, cela suffit pour remettre doucement la vie en mouvement.
Et si ce n’était pas trop tard
Peut-être que quelque chose dans mes propos est venu toucher un endroit sensible en toi.
Peut-être qu’en lisant ces lignes, tu as pensé à une partie de toi que tu croyais avoir laissée derrière.
Un rêve oublié. Un désir mis de côté. Une envie devenue silencieuse avec le temps. Ou peut-être simplement une fatigue devant tout ce qui n’a pas pris la forme que tu avais imaginée.
Si c’est le cas, j’aimerais te rappeler quelque chose…
Le vivant ne mesure pas le temps comme nous.
Il ne consulte pas le calendrier. Il ne s’inquiète pas de savoir si le moment parfait est passé.
Il cherche simplement un passage. Encore et encore.
Parfois discrètement. Parfois sous une forme complètement différente de celle que nous avions imaginée.
Et souvent, lorsqu’on lui offre un peu d’espace, il recommence doucement à circuler.
Alors, si aujourd’hui, tu as l’impression d’être en retard sur quelque chose, je t’invite simplement à ralentir un instant.
À écouter, à regarder, à ressentir.
Non pas ce qui manque, non pas ce qui aurait dû être, mais ce qui est encore là.
Ce qui respire encore, ce qui espère encore, ce qui désire encore.
Parce qu’il est possible que ce soit précisément là que la vie soit déjà en train de t’attendre.
Et peut-être qu’au fond, tout commence ainsi…
Par une simple rencontre avec celle qui est là.
Avec tout mon amour,


