« C’est correct de pleurer. »

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« C’est correct de pleurer... »

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Cet article contient une permission douce de pleurer et de ne plus te juger pour la durée de tes larmes. En réalité, derrière les émotions qui persistent se cache souvent un besoin d’être apaisée, reconnue et accueillie.

(temps de lecture : 9 minutes)

Quand derrière la blessure, quelque chose demande encore à être accueilli.

Le petit genou écorché

J’aime beaucoup accueillir mes petits-fils pour une journée « ensemble », lors des congés scolaires.

Nous en profitons pour faire toutes sortes d’activités qu’on n’a pas toujours le temps de faire; compressés par le travail, les activités planifiées, les obligations et les imprévus de la vie.

On en profite aussi pour faire le plein de câlins, de moments drôles, de musique… tout comme de retrouver notre bulle personnelle dans des moments en solitaire, un livre entre les mains ou un jeu calme.

Ces moments nous amènent dans un rythme qui nous fait un bien immense.

Et comme toujours, c’est l’occasion pour moi d’ouvrir mon regard sur les liens entre ce que je vis avec eux et la Création intuitive.

Alors, voici une autre tranche de journée avec eux… et ma réflexion que je partage avec toi.

Lorsqu’il est arrivé, le plus vieux – bientôt sept ans – m’interpelle et s’assoit illico par terre, puis relève doucement le bas de son pantalon jusqu’au genou.

Et là, il me montre un énorme pansement qui couvre toute la largeur de son genou.

« Oh là là! Mais, qu’est-ce qui s’est passé? » – lui ai-je demandé.

J’ai senti qu’il avait besoin de me parler de sa mésaventure; que rien en ce moment n’était plus important pour lui.

« Je suis tombé dans un trou dans l’asphalte et ça m’a fait beaucoup mal… et ça saignait beaucoup. »

« Hiiii! En effet, ç’a dû faire mal? Ça va maintenant? »

Je l’imaginais perdre pied, puis tomber sur cette surface dure et granuleuse. Mon cœur s’est serré.

Cette sensation que le sol se dérobe sous nos pieds vient souvent réveiller quelque chose de très ancien en nous. Une perte d’équilibre profondément enracinée dans notre petite enfance… et que personne n’aime vraiment revivre.

« Oui, ça va. » – m’a-t-il répondu simplement.

Puis, aussi spontanément qu’il avait remonté son pantalon, il l’a baissé, s’est relevé, puis est parti à la conquête de sa journée.

Voilà! La blessure était recouverte… la vie continuait.

Mais ce n’est qu’en fin de journée, au moment où son père est arrivé, que quelque chose d’autre s’est révélé à propos de cette blessure.

Et là, j’ai pu voir l’ampleur de l’émotion qu’elle avait laissée derrière elle

« Il a pleuré pendant une heure. »

Nous étions tous dans l’entrée pour ce moment de retrouvailles, lorsque j’ai mentionné que son fils m’avait parlé de son « accident » au genou.

Avec un air découragé, mon fils m’a dit :

« Ouais! Il a pleuré pendant une heure. »

Je connais mon fils, je sais que c’est un bon papa et qu’il s’occupe bien d’eux. Je comprends tout à fait la subtilité de son découragement, après une journée de travail et les aléas de l’organisation de la maisonnée.

Ça m’est arrivé aussi, crois-moi.

Ce qui me frappe dans cette situation du genou écorché, c’est que pleurer une heure, c’est beaucoup pour ce genre de blessure.

Sans même nous en rendre compte, plusieurs d’entre nous ont appris qu’il existe une durée « acceptable » pour pleurer certaines blessures.

J’ai alors pris spontanément mon petit-fils dans mes bras, puis je lui ai dit doucement :

« C’est correct de pleurer. Et parfois, on pleure parce que ça fait mal, mais aussi parfois parce qu’on a eu peur.»

Oui, c’est ça aussi… derrière les pleurs, il y a la douleur physique et la peur, tout comme il peut y avoir le choc, la perte de contrôle, la surprise, le sentiment d’insécurité, et même le besoin d’être contenu.

Parce qu’au fond, on ne pleure pas toujours seulement à la hauteur de la blessure visible.

Parce que la société tolère davantage les blessures visibles que les bouleversements invisibles.

Cela est particulièrement vrai pour bien des femmes, qui ont appris — parfois très tôt — à croire qu’elles exagèrent, dramatisent ou ressentent trop longtemps.

Dans ces situations, ce genre de pensée monte souvent spontanément en nous :

« Je devrais être correcte maintenant »

Un discours intérieur qui reflète l’interprétation de ce que l’autre pense sur l’intensité et la durée de notre propre blessure.

Cette façon de nous brusquer intérieurement nous est familière : « Allez, reprends-toi… ce n’est pas si grave que ça. »

Et souvent, derrière la peur qui dure, il y a un besoin très simple et immense à la fois : être rassurée, reconnue, contenue.

Heureusement, pour moi et pour les femmes que j’accompagne, il y a la Création intuitive.

La création intuitive : un endroit où l’on n’a plus besoin de justifier ses émotions

Lorsque j’ai pris conscience de ce réflexe de « rabaisser le pantalon » rapidement sur la blessure, comme mon petit-fils l’a fait, j’ai vu à quel point avoir un endroit pour s’ouvrir et se mettre à l’écoute de soi est un cadeau immense qu’on s’offre à soi-même.

Pour moi, et pour bien d’autres, ma table de création devient alors une terre d’accueil.

Pas un espace de performance. Pas un espace où il faudrait être raisonnable, comme la « grande fille » qu’on nous a demandé de devenir… et que nous avons souvent accepté d’être. »

Puis, surtout pas un espace où l’émotion doit être logique et proportionnelle à la grosseur de la blessure. Non.

Plutôt, un espace où ce qui est vivant en soi peut enfin exister, et se voir, se vivre dans la matière.

Les mains touchent, déchirent, découpent, collent, superposent, gribouillent, recommencent… Elles restent présentes pendant que l’intérieur se dépose, se libère.

Les mains savent souvent accompagner ce qui n’a jamais vraiment pu être accueilli en nous. Ce que les mots, parfois, n’ont pas su apaiser.

Puis, lorsque notre Petite Créative intérieure se sent en sécurité, assise avec nous à notre table de création, on peut enfin l’entendre nous dire :

« Regarde… ça fait mal. Regarde… ça m’a fait peur. Reste avec moi un peu. »

Très souvent, la Création intuitive devient alors un endroit où cette voix n’est pas interrompue.

Dans cet espace, dans cet accueil, je crois que l’amour de soi commence ou recommence à faire son chemin en soi

L’amour de soi, c’est peut-être arrêter de juger la durée de nos pleurs intérieurs

Je suis consciente que l’amour de soi nous est présenté trop souvent comme une injonction qui passe par des phrases toutes faites à « bien se parler »…

« T’es belle. T’es bonne. T’es capable. » – avec un fort accès du terroir d’où on est issue.

Ce sont des phrases qui sonnent creux et qui nous poussent à recouvrir rapidement nos blessures, comme si nos blessures devaient rapidement redevenir invisibles.

Je crois que « relever son pantalon » pour montrer sa blessure est un premier pas important.

Par contre, ce qui demande vraiment du courage, c’est de rester avec soiRester avec ce que ça fait vivre en nous. Avec ce qui tremble encore… et réclame d’être aimé.

Cesser de mesurer nos émotions par rapport à ce qu’elles paraissent de l’extérieur est un geste profondément puissant.

Des pensées intérieures comme :

« Est-ce que je réagis trop? Est-ce normal? Est-ce que ça devrait être fini? »…

Ça nous coupe de notre puissance de rester avec soi-même en présence, en douceur et en amour.

Lorsque j’ai pris mon petit-fils dans mes bras, sachant qu’il avait pleuré pendant une heure pour ce qui semblait « anodin », et que je lui ai dit :

« C’est correct de pleurer. »

Ça devient une clé de sécurité émotionnelle intérieure pour nous aussi, lorsqu’on se prend dans nos propres bras.

Et là wow!

Que c’est doux d’être sécurisé, et surtout de pouvoir le faire pour soi-même. Quelque chose en nous commence alors doucement à se réparer.

Parce que oui, c’est possible de s’offrir des bras réconfortant pour le faire, surtout si l’on n’a jamais réellement reçu cette permission intérieure.

La Création intuitive devient alors un endroit concret, un espace réel où cette permission peut enfin être vécue.

« C’est correct de pleurer. »

En t’écrivant ceci, je me revois prendre mon petit-fils dans mes bras. Le soleil de fin de journée éclairant l’entrée où nous étions, ses cheveux qui dégageaient un léger parfum floral et ses bras autour de ma taille.

Puis mes mots, que je voudrais t’offrir aussi :

« Parfois, on pleure parce que ça fait mal. Mais parfois aussi, on pleure parce qu’on a eu peur. »

« C’est correct de pleurer. »

Parce qu’il n’y a que toi qui sais vraiment ce que tu as vécu à travers certains évènements qui t’ont ébranlée. Personne d’autre ne peut mesurer de l’intérieur ce que cela a laissé en toi.

Ton besoin d’être accueillie est profondément légitime. Sans avoir à prouver que ton émotion mérite d’exister.

Et tu peux faire confiance à ta Petite Créative pour commencer à l’accueillir, si tu lui offres tes bras comme un lieu de réconfort.

ALLER PLUS LOIN – Relever doucement le pantalon

Parfois, ce qui a encore besoin d’être accueilli en nous ne demande pas d’être expliqué… seulement d’être vu avec douceur.

Je t’invite aujourd’hui à t’assoir à ta table de création comme on s’assoit auprès d’un enfant qui a eu peur. Sans pression, sans attente. Juste avec présence… et ton matériel chouchou pour créer intuitivement.

  1. Commencer– Prends un moment pour respirer doucement et revenir à toi. Demande-toi simplement : « Qu’est-ce qui, en moi, aurait besoin d’être accueilli aujourd’hui? »
  2. Créer– Sur une page de ton Carnet, crée spontanément autour du thème d’une blessure invisible. Pas nécessairement une grande blessure. Peut-être juste quelque chose qui t’a ébranlée, fatiguée, blessée ou insécurisée récemment.
  3. Laisser la sagesse agir – Laisse tes mains choisir librement les couleurs, les papiers, les textures, les mots ou les gestes. Ne cherche pas à faire quelque chose de beau. Cherche plutôt à laisser une trace honnête de ce qui est vivant en toi.
  4. Observer avec les yeux du coeur – Pendant que tu crées, remarque si une partie de toi essaie de minimiser ce que tu ressens. Observe les phrases qui montent : « Ce n’est pas si grave. »« Je devrais être correcte. »« Ça ne devrait plus me faire ça. »
  5. Accueillir – Puis, doucement, reviens à cette phrase : « C’est correct de pleurer. »
  6. Boucler – Lorsque ta création te semblera complète, prends un moment pour la regarder comme tu regarderais un enfant qui vient enfin montrer son genou écorché. Regarde avec tendresse, sans jugement et sans vouloir accélérer sa guérison.

 

Parfois, le simple fait de ne plus recouvrir trop vite nos blessures intérieures permet déjà à quelque chose en nous de recommencer à respirer.

Rester avec toi encore un peu

Peut-être qu’au fond, l’amour de soi commence dans ces moments très simples où l’on cesse enfin de se brusquer intérieurement.

Lorsque l’on arrête de mesurer si notre émotion est « raisonnable ».

Lorsque l’on cesse de comparer notre douleur à la grosseur visible de la blessure.

Lorsque l’on accepte simplement que quelque chose en nous ait été bouleversé… et a encore besoin d’être accueilli.

Parce qu’au fond, personne ne peut vraiment sentir de l’intérieur ce qu’un évènement a laissé en toi. Et il arrive parfois qu’une partie de nous continue doucement d’attendre : un regard, une présence, une permission d’exister pleinement dans ce qu’elle ressent.

Mais avec le temps, la Création intuitive nous apprend quelque chose de précieux.

Elle nous apprend que cette présence, nous pouvons aussi commencer à nous l’offrir à nous-mêmes.

Une main posée sur notre cœur… quelques minutes à notre table de création… un espace où l’on cesse de vouloir se ramener rapidement « à la normale »… un endroit où l’on peut simplement être là… avec soi.

Et je crois profondément que ce ne sont ni les mots parfaits, ni les techniques, ni même la personne qui accompagne qui font réellement le chemin à notre place.

Ce qui transforme doucement quelque chose en nous, c’est la présence que l’on accepte enfin de s’offrir.

C’est l’amour que l’on dépose dans nos gestes.

C’est notre décision intérieure de ne plus recouvrir trop vite nos blessures invisibles.

Alors, si aujourd’hui quelque chose en toi demande encore à être entendu…

si une émotion cherche encore un peu d’espace…

si une partie de toi a encore besoin d’être rassurée…

Peut-être peux-tu simplement rester avec toi encore un peu, avec douceur, avec tendresse et sans te presser de revenir autrement que tu es maintenant.

Et peut-être qu’au milieu de cet espace enfin ouvert en toi, ta Petite Créative intérieure pourra doucement entendre :

« C’est correct de pleurer. »

Avec tout mon amour,

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