Une chaise près de la table

Une chaise près de la table
Une chaise près de la table.

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Cet article contient l’histoire d’une chaise près d’une table, et d’un souvenir qui remonte doucement : celui de ce qui se transmet sans être expliqué – juste parce qu’on a été là, tout près, en présence.

(à lire en 10 minutes)

Lorsque certaines choses se transmettent… sans être enseignées

Il y a quelques jours, j’étais installée devant ma machine à coudre, parce que, dans ma famille, je suis celle à qui l’on demande de faire des réparations et des ajustements.

Ce jour-là, je venais de réparer un jouet pour mon petit-fils, puis j’ai vu sur ma table de couture une vieille débarbouillette avec les rebords tout effilochés. En l’observant, étonnamment, j’ai remarqué que la ratine du centre était encore toute belle.

J’ai donc taillé un morceau dans cette partie, puis j’ai enfilé ma machine avec un beau vert émeraude, et j’ai cousu le rebord pour en faire une petite débarbouillette pour Picote, le toutou préféré de ma petite-fille, de trois ans.

Aujourd’hui, en repensant à ce qui s’est passé par la suite, je crois qu’il y a beaucoup plus que ce que j’ai cru sur le moment.

Une petite fille tire une chaise

Après ces deux « projets de couture », je n’étais pas rassasiée. J’étais spontanément en train d’en chercher un troisième dans les bouts de tissus sur la table où je pose toujours ma machine, lorsque, justement, ma petite-fille est entrée dans la pièce.

C’était la première fois qu’elle venait dans cette pièce au moment même où je cousais.

Je lui ai montré le jouet réparé de son frère et je lui ai offert la petite débarbouillette pour son ami de toujours. Avec un grand sourire, elle l’a prise et m’a dit, avec sa petite voix : « Merci. »

Puis, elle a tiré une chaise, et s’est assise près de moi.

Elle n’a même pas demandé ce que je fabriquais. Non. Elle a tiré une chaise et s’est assise là, près de moi, observant les choses diverses qu’il y avait sur la table devant elle.

C’était tout ce qu’il y avait de plus naturel.

J’ai senti qu’elle voulait juste être là où quelque chose était en train de se passer. Simplement.

D’un regard curieux, elle a d’abord pris le tas de fils colorés qui s’accumule toujours sur le côté de ma machine. Puis elle est descendue de sa chaise pour aller chercher une paire de ciseaux. Au retour, elle a coupé patiemment les fils en un nouveau petit tas qui ressemblait à un nid.

Ensuite, elle a vu le pot où je range les aiguilles qui ont un petit bout rond coloré à une extrémité. Elle les a sorties une à une pour les planter dans un petit coussinet à aiguilles.

Lorsqu’elle a eu terminé cette action, en utilisant une pince pour les travaux minutieux, elle a saisi chaque aiguille colorée pour les remettre dans le pot initial.

Moi, à côté d’elle, en train de découdre un bout de tissu pour en faire une doudou pour son précieux Picote, j’ai senti le vivant de sa présence.

Et en l’observant du coin de l’œil, dans cette présence si naturelle, un souvenir s’est doucement approché de mon cœur.

La petite fille que j’ai été

Je me suis revue dans la salle de couture de ma grand-mère maternelle; nous habitions d’une à côté de l’autre.

J’adorais la rejoindre là dans cet espace, et j’avais toujours de grandes chances qu’elle y soit, parce qu’elle cousait énormément toutes sortes de projets, pas juste des vêtements.

J’entends encore le son particulier de sa machine Singer à pédale, installée devant la fenêtre. Son pied droit actionnait le mécanisme dans une coordination parfaite avec ses mains.

Ah! Les mains de ma grand-mère – une vague d’émotion monte en moi juste à les évoquer pour toi.

J’observais, j’admirais ses mains agiles qui dansaient entre le tissu et la poulie à droite de la machine pour redémarrer le mouvement de la pédale.

Dans ce lieu, à côté de sa machine, il y avait une petite chaise recouverte d’un tissu à grosses fleurs violettes, et je m’y assoyais pendant des heures pour être témoin de cette scène qui me captivait.

Je me souviens aussi du gros coffre – que j’ai encore d’ailleurs -, juste de l’autre côté de cette chaise. Un vieux coffre en bois grossier contenant, à mes yeux, un trésor : un inventaire disparate de retailles de tissus de toutes les couleurs et de toutes les textures.

Oh! que j’adorais ouvrir ce coffre et en fouiller le contenu!

Ça déclenchait en moi de la rêverie, me voyant porter une robe ou un chemisier avec tel ou tel tissu.

Puis, la rêverie se poursuivait dans la commode où ma grand-mère rangeait ses patrons de toutes sortes. Juste pour te dire, j’ai encore tous ses patrons, que je garde comme des reliques saintes.

Je sens encore l’odeur de cette pièce dans mon nez. J’ai encore en tête cette fascination pour les tissus et les patrons, tout comme au cœur, mon émerveillement des mains de ma grand-mère.

Je peux même te dire que, lorsque je couds des papiers ensemble pour ma Création intuitive – parce que oui, des papiers, ça se coud! -, c’est à ma grand-mère que je pense, lorsqu’elle faisait de même pour agrandir ou pour créer un patron.

Avec le recul, je peux voir qu’elle ne m’a pas, à proprement parler, « enseigné » toutes ces choses. Ce ne sont pas des cours de couture que j’ai reçue d’elle à cette époque-là. Pas du tout!

J’ai plutôt reçu d’elle une manière de regarder le monde.

J’ai eu le privilège d’en être témoin. Elle, elle vivait simplement sa créativité devant moi.

Dans le fond, même si je réalise que ma grand-mère ne m’enseignait presque rien. Pourtant, j’ai énormément appris auprès d’elle.

Ce qui ne s’enseigne pas

Chaque fois que je passais du temps avec ma grand-mère, en m’assoyant près d’elle à sa machine à coudre ou près d’elle à la table de cuisine où elle découpait les tissus autour de ses patrons « modifiés », ou même dans son fauteuil préféré le soir, alors qu’elle tricotait, elle ne me disait jamais :

« Viens, je vais te montrer comment faire. »

Jamais elle n’était dans le rôle de la professeure. Jamais elle n’expliquait dans le but de m’enseigner.

Ce qu’elle me transmettait était plutôt dans sa façon d’habiter sa propre créativité. Oui, c’est ça.

Elle trouvait un projet, ou, on lui en demandait un, puis elle entrait dans celui-ci en étant qui elle était : curieuse, créative, intuitive, « patenteuse »… et même « tireuse de plans » comme elle disait.

Cette façon d’habiter sa vie avec qui elle était devenait SA façon d’incarner ses actions au lieu de les expliquer.

Et là je comprends que ce qu’elle m’a transmis n’a été possible que parce que je l’ai beaucoup fréquentée au cœur de ma jeunesse.

En la côtoyant de près, j’ai appris qu’il était possible d’essayer sans être certaine du résultat. Qu’il était possible de transformer ce qui était là. Qu’il était possible de ne pas savoir exactement comment faire et de commencer quand même.

Tout ça n’a été possible que parce que nous avons partagé cet espace ensemble, et que ça s’est déposé en moi sans que je m’en aperçoive.

Tout comme ma petite fille assise près de moi ce jour-là, moi, enfant, assise près de ma grand-mère, je n’apprenais pas vraiment la couture…

J’apprenais certaines choses qui ne se transmettent que parce qu’elles sont habitées.

Et ça, ce n’est possible qu’en présence d’une personne qui habite déjà, peut-être, ce que nous cherchons encore à retrouver en nous.

C’est à cet instant de ma réflexion que j’ai eu une pensée pour toutes ces femmes qui s’assoient aujourd’hui à leur propre table de création pour une plongée intuitive avec moi.

Une chaise près de « ma » table de création

En effet, depuis janvier 2020, j’ai choisi en toute conscience que, lorsque je guide l’un de mes programmes, au moment de la plongée créative, je place ma caméra au-dessus de ma table de création.

Je consens donc à ce que mes mains soient visibles, que mes gestes soient observables, que ce que je crée soit vu, tout comme mes hésitations ou les « accidents » créatifs qui peuvent survenir.

Lors de ces plongées créatives, je ne place pas ma caméra au-dessus de ma table de création pour fournir des explications techniques.

Je fais ce choix volontairement.

Peut-être parce que j’ai moi-même eu le privilège de grandir près d’un tel espace.

Et grâce à ça, aujourd’hui, à leur tour, certaines femmes choisissent de se « tirer une chaise » près de MA table de création.

Mais je ne les invite pas à MA table.

J’invite plutôt chaque femme à s’assoir à LA sienne.

Parce que je ne crée pas à sa place.

J’habite simplement mon propre espace vivant pendant qu’elle apprend à habiter le sien.

Mon espace, habité de cette manière, lui transmet un doux message, souvent longtemps attendu :

« Assieds-toi, belle créative, à ta table de création, et moi, je serai à la mienne. Je ne t’enseignerai pas comment créer. Je vais créer, et tu vas créer. Je vais habiter mon processus et tu vas habiter le tien. Nous allons habiter « ensemble » cet espace entre nous. »

Dans ce partage de l’espace, quelque chose se met alors à circuler entre nous.

« Et c’est beau » – chuchoté doucement.

C’est le mouvement de la vie en chacune de nous qui s’habite.

Et si je vais un peu plus loin… je crois que cela ne concerne pas seulement la Création intuitive.

Les espaces qui nous redonnent accès à nous-mêmes

Dans ce mouvement de la vie en chacune de nous, au cœur de ces plongées créatives, je peux voir à quel point l’amour de soi est aussi quelque chose qui ne se transmet pas par des conseils ou des enseignements théoriques.

Au contraire. Tout comme la Création intuitive, je crois que l’amour de soi s’apprend mieux en fréquentant des personnes qui habitent davantage cette douceur du cœur envers elles-mêmes.

Des personnes qui habitent le vivant en elles, tout comme moi, je l’ai fait en présence de ma grand-mère.

Des personnes que nous observons et qui nous font ressentir ce qui a besoin d’être ressenti pour s’habiter soi-même.

Et le plus beau dans ce contact, c’est que ce faisant, nous recevons une permission implicite…

La permission de faire la même chose pour soi.

Parce que parfois, oui! Nous recevons en cadeau la permission d’habiter le vivant en soi, avant même de recevoir des explications.

Et en multipliant ces fréquentations, nous découvrons inévitablement que cela est possible pour nous aussi. Parce que certaines rencontres nous redonnent accès à nous-mêmes.

Et là, assise dans mon fauteuil de Matin Magique, je peux maintenant saisir l’ampleur de ce que ma grand-mère m’a offert, grâce au grand plaisir d’avoir vu ma petite-fille tirer une chaise près de moi, installée à ma machine à coudre.

ALLER PLUS LOIN – Une chaise près de ta table

À travers ce texte, je t’ai parlé de ma grand-mère, de ma petite-fille et de ce qui peut se transmettre sans être enseigné. Je t’invite maintenant à prendre un moment pour aller à la rencontre de ce qui t’a été transmis de cette façon, dans ta propre vie.

1. Prépare-toi avec intention – Installe-toi à ta table de création avec ton Carnet ou une feuille, quelques papiers colorés, des images inspirantes, quelques crayons et tout ce dont tu as besoin et que tu aimes pour créer intuitivement.

2. Respire avec présence – Prends quelques instants pour te recentrer et pour laisser remonter à ta mémoire une personne qui a marqué ta vie. Il peut s’agir d’une grand-mère, d’un grand-père, d’un parent, d’un enseignant, d’une amie, d’un voisin… ou même d’une personne que tu n’as côtoyée que pendant une courte période. Laisse monter.

3. Demande-toi doucement – Une fois cette personne bien vivante dans ta mémoire, demande-toi : Qu’est-ce qu’elle habitait naturellement? Quelle façon d’être vivante m’a-t-elle permis d’observer? Qu’est-ce que j’ai reçu d’elle sans qu’elle ne me l’enseigne vraiment?

4. Crée intuitivement – Sans chercher à illustrer cette personne ou à raconter son histoire, laisse tes mains créer librement à partir de ce qui remonte. Peut-être… une couleur, une forme, un symbole, un mot, une texture, un assemblage. Accueille simplement ce qui cherche à prendre forme.

5. Contemple avec amour – Lorsque ta création te semble terminée, prends un moment pour l’observer, puis utilise cette phrase pour écrire autour de ta création : « Aujourd’hui, je réalise que cette personne m’a transmis… ». Laisse venir les mots sans les censurer.

Parfois, ce que nous avons reçu de plus précieux ne se révèle pleinement qu’avec le temps. Et lorsque nous le reconnaissons, nous découvrons souvent que cet héritage vivant continue déjà de circuler à travers nous.

Et si la chaise qui t’attendait était la tienne?

Peut-être qu’en lisant ces lignes, une présence est remontée doucement en toi. Une personne près de qui tu t’es assise un jour, sans même savoir que quelque chose se déposait déjà en toi.

Ou peut-être, au contraire, que tu as ressenti une forme d’absence. L’impression de ne pas avoir eu cette chaise, ce témoin du vivant tout près de toi.

Dans un cas comme dans l’autre, j’aimerais te déposer ceci tout doucement…

La chaise dont tu as besoin aujourd’hui, c’est la tienne.

Celle que tu peux tirer, à ton rythme, près de ta propre table de création. Non pas pour réussir quelque chose. Non pas pour apprendre une technique. Mais simplement pour t’assoir là où quelque chose de vivant cherche, en toi, à se vivre.

Tu n’as pas besoin de savoir comment faire. Moi non plus, enfant, je ne savais pas, assise près de ma grand-mère. J’étais simplement là, témoin du vivant, et ça suffisait pour que quelque chose passe.

Alors, si l’envie monte en toi de t’installer, de sortir tes papiers colorés, tes couleurs, ton précieux Carnet… n’hésite pas à lui faire confiance.

Et si tu sens le besoin de t’assoir un moment près d’une autre femme qui habite déjà cette douceur du cœur, sache que ma table de création est ouverte, et que la tienne t’attend juste à côté.

Parce qu’au fond, comme tu le vois, ce qui se transmet de plus précieux ne s’enseigne pas. Il se vit. Et il continue de circuler, de chaise en chaise, de cœur en cœur.

Aujourd’hui, peut-être, c’est à ton tour de tirer ta chaise et de t’assoir.

Avec tout mon amour,

Louise

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