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Réapprendre ce mot à la lumière de la création intuitive
Il y a quelques jours, lors de la huitième plongée créative dans Mon Carnet du Cœur, le mot « pardonner » faisait partie du thème proposé à l’aveugle.
Je savais d’avance que ce mot ferait réagir – tout comme le mot « aimer » d’ailleurs – parce qu’il porte tellement de strates : injonctions religieuses, bien sûr, mais aussi attentes familiales, malentendus profonds, et, trop souvent, blessures encore vives malgré les années qui passent.
La lourdeur de ce verbe s’est fait sentir, et c’est compréhensible, parce que les mots portent des énergies qui leur sont propres.
Au fil de cette plongée créative, avec ouverture et douceur – et aussi avec la liberté d’explorer ou non cette partie du thème – certaines participantes ont ressenti un effet libérateur. Pour d’autres, par contre, cela a réveillé des zones encore sensibles. Et c’est normal et sain.
Parce que, lorsque l’on plonge dans la matière de manière intuitive, ça l’ouvre un espace intérieur. Un espace qui, même après la plongée, continue son travail dans l’invisible, en dessous, dans nos profondeurs, et ce, même si l’on a eu l’impression que c’était douloureux.
Ce dont je veux te parler, ici, est inspiré de l’intention suivante : redonner au verbe « pardonner » sa juste place dans l’amour de soi, dans la Création intuitive, dans le retour vers soi – pour soi et aussi pour l’autre – mais, de manière différente, autrement que ce que l’on nous a enseigné.
En tout cas, c’est ce que je tente aujourd’hui…
Changer de regard sur ce mot chargé de devoir, de morale et de pression silencieuse, qui est devenu, pour beaucoup de femmes, un mot impossible à porter; et je fais partie de celles-là.
Le pardon dans la création intuitive
Dans l’approche de la Création intuitive que j’ai expérimentée et développée au fil du temps – pour moi et pour celles que j’accompagne – le pardon n’a plus rien d’une exigence.
Le pardon devient un mouvement doux, qui, par la sagesse des mains créatives, devient un élan naturel de ce qui vit à l’intérieur – ombre comme lumière.
Et ce mouvement touche deux directions : vers soi et vers l’autre – dans cet ordre.
Ces deux chemins partent d’un même lieu, soit, l’amour de soi retrouvé, incarné, réappris.
Par contre, ce qui est important de comprendre avec la Création intuitive, c’est qu’elle ne demande rien! Elle invite.
Lorsque l’on s’assoit à sa table de création et qu’on choisit une couleur, un papier, un médium… lorsque l’on se donne du temps, que l’on ne force rien… on SE rejoint.
Puis, dans cette intention et cet engagement à se rejoindre, quelque chose d’ancien se relâche, un espace s’ouvre.
C’est de là que nait le pardon à soi, comme un arrêt de la guerre intérieure.
C’est aussi de là que nait le pardon à l’autre, soit, celui où l’on cesse de laisser l’histoire avec l’autre gouverner notre propre vie intérieure.
Dans cette approche créative, le pardon n’est donc pas un acte extérieur, mais un acte intérieur qui change notre relation à l’extérieur.
Se pardonner : cesser de se sentir captive
Après cette fameuse séance huit, en partageant avec une participante qui a fait des changements à 180 degrés dans sa vie au cours de cette année – mettant fin à une relation toxique qui durait depuis plus de deux décennies – j’ai entendu ceci :
« Je ne suis pas capable de pardonner à cette personne. »
Mais surtout, j’ai saisi ce chuchotement en arrière plan :
« Je m’en veux à moi d’avoir enduré cette situation si longtemps. »
C’est là le noeud de la démarche du pardon : cesser d’être prisonnière de l’histoire dans laquelle on se sent fautive, coupable, une mauvaise personne…
C’est à ce moment que la Création intuitive peut opérer sa « magie », car, en plongeant dans la matière de cette manière, en contemplant nos créations dans notre Carnet, on peut voir la femme qu’on était dans cette histoire : fatiguée, pleine de bonne volonté et en recherche d’amour; une femme qui ne méritait pas d’être jugée par elle-même, mais accueillie avec tendresse.
Dans cette ouverture, ce changement de regard, quelque chose change et le pardon à soi s’accomplit, petit à petit, pas à pas.
J’ai vécu les mêmes moments, où j’ai eu tendance à m’oublier. Je tiens à te dire que ce genre de chose est très humain, tout à fait normal, mais surtout… réparable, soignable.
Pardonner à l’autre : non pas pour l’autre, mais pour soi
Dans la délicatesse du processus de la Création intuitive, pardonner à l’autre n’est JAMAIS : excuser ce qui a blessé, minimiser la souffrance, oublier, se forcer à ressentir ce qui n’est pas là, ou se pousser à passer « à autre chose ».
Absolument pas!
Pardonner à l’autre, dans la pratique et le mode de vie de la Création intuitive, c’est reprendre sa souveraineté dans son espace intérieur.
C’est se dire à soi :
Je choisis de ne plus laisser cette blessure affecter ma perception de moi.
Je choisis de ne plus porter l’énergie de l’autre dans mon coeur, dans ma tête et dans mon corps.
Je choisis de revenir à « qui je suis », à mon essence, sans me trahir.
De mon côté, je me souviens d’une situation où je portais encore le poids d’un geste blessant à mon égard. Je croyais que je devais pardonner pour être une « bonne personne », et ça tournait sans cesse dans ma tête.
En réalité, ce qui m’a libérée, ce n’est pas de pardonner à l’autre, mais plutôt de me rendre compte que je pouvais choisir de ne plus laisser cet évènement décider de la valeur que je me donnais.
Dès ce moment, j’ai cessé de porter cette blessure avec l’autre comme une victime, et ça m’a libéré sans forcer le pardon.
À la lumière de cette expérience, je saisis que le pardon à l’autre n’est donc pas un geste vers l’autre, c’est plutôt un geste vers soi qui se produit comme une retombée naturelle du soin et de l’attention que l’on se donne.
Le pardon à l’autre devient possible… ou inutile
Lorsque l’on développe un nouveau regard sur soi – grâce au Carnet, grâce à nos créations intuitives, grâce à la contemplation et au « vivre avec » – on entre dans un espace où l’on se sent plus vraie, plus forte, plus enracinée, plus libre.
Et dans cette nouvelle posture intérieure, quelque chose change :
Soit le pardon à l’autre arrive naturellement, comme une douceur qui glisse.
Soit le pardon perd son sens, parce qu’on n’est plus attachée à l’histoire qui nous y emprisonnait.
Dans les deux cas, la clé libératrice n’a jamais été et ne sera jamais l’autre.
À travers le mode de vie de la Création intuitive, j’ai expérimenté comment l’amour de moi changeait ma façon de vivre mes blessures anciennes.
Certaines situations qui me paraissaient impossibles à « pardonner » se sont simplement dissoutes. Ce n’était pas parce que j’avais décidé de pardonner, mais parce que je n’étais plus attaché à ce récit qui me maintenait dans la blessure et dans la posture de victime.
De là, grâce à ce regard neuf et à mon parcours créatif, j’ai vécu concrètement une transformation profonde dont l’amour de moi a été la clé; je ne dis pas que c’est facile, mais que c’est possible!
Pardon à soi et pardon à l’autre : un même mouvement intérieur
Les deux versant du pardon – j’utilise ici la montagne comme image, parce qu’on voit ce geste comme certaines montagnes : infranchissable – sont en réalité les deux éléments d’un tout : se remettre au centre de sa vie intérieure.
Et lorsqu’une femme se choisit de cette façon, même un peu, elle se pardonne de s’être oubliée, d’avoir cru qu’elle ne méritait pas mieux, d’avoir survécu comme elle pouvait, et, d’avoir dit oui quand elle voulait dire non.
Dans cette vibration de pardon, elle se libère de la charge que l’autre a laissée sur elle.
Ce n’est pas elle qui pardonne à l’autre. C’est elle qui retire ses mains et son coeur de l’étau.
C’est différent, mais, ô combien, cela produit un soulagement intérieur.
Ma définition vivante du pardon vers moi et vers l’autre
Ce que j’ai compris pour moi sur le pardon, c’est que ce n’est jamais un geste héroïque. C’est un geste de retour vers moi.
Et donc, pardonner c’est « me redonner » à moi, à mon coeur, à mon essence divine.
C’est cesser de me définir par la blessure, par le passé, par la « faute » – la mienne ou celle de l’autre.
C’est un retour humble vers la femme que je suis, ET un élan d’amour envers celle que j’ai été… c’est m’embrasser intérieurement.
Pardonner à l’autre, c’est me libérer de ce que son geste a laissé en moi.
Les deux – se pardonner et pardonner à l’autre – naissent du même endroit : mon amour de moi qui s’éveille et qui s’amplifie, un geste à la fois, avec mes mains plongées dans la matière, accompagnée de ma Petite Créative intérieure, et beaucoup, beaucoup de douceur.
ALLER PLUS LOIN – L’espace sécuritaire de la Rencontre
Voici une proposition conçue pour t’offrir un espace de vérité et de délicatesse intérieure. Elle ne cherche pas à « régler » quoi que ce soit. Elle crée une porte, une ouverture, une respiration – juste assez pour que le mouvement du pardon à soi puisse commencer à se tisser… sans pression, sans exigence.
1. Installe-toi devant ton Carnet, en présence de toi – Assieds-toi à ta table de création comme si tu t’apprêtais à rencontrer une personne importante; parce que c’est le cas. Place les mains sur ton cœur et respire doucement. Puis, murmure intérieurement : « Je suis ici pour moi. Je suis avec moi. ». Il n’est pas nécessaire de savoir « quoi travailler » ou explorer, simplement être là suffit.
2. Choisis 3 matériaux… sans réfléchir – Laisse ta Petite Créative intérieure choisir 3 éléments uniquement : une couleur, une texture (papier, tissu, nature, récup, etc.), un outil (crayon, ciseau, colle, doigt…). Fais-le spontanément, ne questionne pas et n’essaie pas de comprendre. Laisse-toi guider par « elle ».
3. Crée un espace d’accueil – Sur une page de ton Carnet, utilise ces 3 matériaux pour créer un petit espace, comme un nid, un refuge, un lieu où quelque chose pourrait venir se déposer. Tu n’as pas à savoir quoi, tu fabriques simplement un lieu d’accueil, même tout petit, tout est parfait. L’important est l’intention : « J’ouvre un espace pour ce qui en moi a été blessé. »
4. Invite la Partie blessée à se montrer – Quand le « nid » est là, place ta main au-dessus de la page, et dis intérieurement : « Tu peux venir ici si tu le veux. Je suis prête à te regarder autrement. ». Ce n’est pas une obligation, c’est une permission. Observe simplement ce qui se passe : une sensation, une image, un souvenir, une couleur, ou même… rien du tout. Ce qui vient est parfait. Ce qui ne vient pas aussi.
5. Laisse une trace – Si quelque chose émerge — une émotion, une image, un mot – laisse une trace toute simple dans cet espace : un trait, un mot, une couleur, une petite forme, un mouvement spontané. Pas besoin de raconter toute l’histoire, mais juste une trace. Ce geste est un acte d’amour envers toi, c’est la preuve que tu es là… réellement.
6. Le geste du pardon : un mouvement vers toi, et non vers l’histoire – Quand la trace est déposée, ajoute tout doucement une couleur, une texture ou un geste qui vient en soutien, comme si tu enveloppais cette trace avec tendresse. Ce geste est symbolique et son message est : « Je ne te laisse plus seule. » ou « Je te reprends dans mes bras. ». C’est ça, l’amorce du pardon envers soi : non pas effacer ce qui a été vécu, mais se reprendre soi-même dans la douceur.
7. Contemplation finale : reconnaitre la femme qui a survécu – Ferme ton Carnet et place tes mains dessus, puis respire profondément. Dis-toi : « Ce que j’ai vécu ne me définit pas. Ce que je m’offre ici et maintenant, oui. ». Reste quelques instants avec cette sensation. Respire par tout ton corps.
Cet exercice n’a pas pour but de provoquer un pardon immédiat. Il crée l’espace intérieur qui permet au pardon naturel — celui qui nait de l’amour de soi — de devenir possible, un jour, sans se forcer.
Ton propre chemin d’amour de toi
Je sais à quel point « pardonner » est un sujet sensible, et je ne suis pas là pour te convaincre de quoi que ce soit.
Je suis là pour partager avec toi ma lumière grandissante grâce à la Création intuitive, et ainsi accueillir les femmes qui sont prêtes à marcher ce Chemin d’amour de soi, avec moi.
Peu importe le chemin que tu empruntes, s’il te conduit vers ton coeur et le pardon que tu t’offres, tout est parfait et tellement beau.
L’intention que je porte pour nous toutes est celle que l’esprit divin de la Vie nous y accompagne; qu’on en soit consciente ou non.
Avec tout mon amour,
Louise


