L’arrière-boutique : un espace vital pour se retrouver

L'arrière-boutique - un espace vital pour se retrouver
L'arrière-boutique - un espace vital pour se retrouver et se découvrir

(temps de lecture : 12 minutes)

Un lieu juste à soi et pour soi – l’arrière-boutique


Il y a quelques jours, j’ai vécu une rencontre profondément inspirante avec les facilitatrices qui ont terminé, en mai dernier, leur formation Accompagner à l’amour de soi avec Mon Carnet du Cœur.

J’étais curieuse de savoir comment se vivait l’après-formation : ce qui avait émergé, les projets en cours, ce qui se passait intérieurement pour elles.

Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est de constater qu’après un engagement aussi intense, l’énergie retombe naturellement. Il y a un temps où l’on doit se déposer, intégrer, ralentir.

Et cette rencontre m’a fait réaliser à quel point ce passage est normal, profondément humain… et universel.

En écho à leurs partages, mon regard s’est tourné vers ce que j’ai vécu cet automne, soit ma présence intense auprès de ma mère; le don de temps, de disponibilité, de moi. Toute mon attention tournée vers l’autre.

Durant cette période, le temps et l’énergie ont été moindres pour venir habiter mon fauteuil de « matin magique » ou mon Espace-création.

Et je peux aujourd’hui en témoigner avec douceur : cette absence a été celle de moments de recueillement, de contemplation, d’introversion nourricière et de solitude choisiecette solitude dont j’ai tant besoin pour me nourrir intérieurement.

Sur le moment, tout cela était juste, mais ce n’est que maintenant, alors que la poussière est retombée, que je prends la mesure de ce qui m’a manqué.

En retrouvant mon fauteuil, mes carnets, mes crayons, en retrouvant ma table de création, mes couleurs, mes papiers, et en écoutant les créatives partager leur propre traversée, je réalise à quel point ces espaces ont, pour moi, une valeur exceptionnelle.

Et combien aussi cette valeur s’est révélée encore plus clairement parce que je m’en étais éloignée. Parce que, quand je n’y vais plus, quelque chose en moi devient silencieux, quelque chose en moi se tait.

Grâce à cette prise de conscience, le chemin du retour a pu reprendre son cours.

Sans cela, je n’aurais pas vraiment su que cette « pause  » faisait partie du chemin – une pause nécessaire, certes, mais qui m’avait éloignée de moi.

Retour à mon fauteuil de « Matin Magique »

Dans ce début d’année plus calme, plus doux, quelque chose en moi s’est relâché. Les tensions se sont apaisées, les obligations se sont allégées, et j’ai senti mon corps se détendre, mon énergie se recharger doucement.

Un matin, tout naturellement, je me suis assise à nouveau dans mon fauteuil de Matin Magique. Et là, un grand soupir est monté; comme un « enfin… je suis là. J’y suis arrivée. Je suis de retour ici. ».

Dans cet instant, j’ai savouré la vue sur les arbres, l’hiver, la neige, les oiseaux, les écureuils, et… ce retour à moi.

J’ai contemplé aussi mon Mandala Visio‑Senti, mon étincelle d’amour de soi créée avec mes participantes lors du solstice d’hiver.

Tout cela m’avait tellement manqué que l’émotion est montée. Parce que, dans ce moment, dans cet espace, j’ai ressenti la douceur, la lenteur, la sensation d’être rentrée chez moi.

Comme si je retrouvais ma maison intérieure.

Je me suis alors souvenue d’une citation de Montaigne entendue il y a quelques mois, soit celle de « l’arrière‑boutique ». Cette idée résonne profondément avec ce que je vis. Montaigne dit que chacun devrait avoir une « arrière‑boutique » : un lieu où se retrouver en silence, un espace où l’on peut être entièrement soi en toute liberté, sans interruption, un refuge qui nous appartient.

Avec ça, j’ai compris que mon espace de vie créativema table de création, mon fauteuil de Matin Magique, mes livres, mes crayons, tout ce qui m’entoure dans cette pièce qui est ma préféréec’est exactement cela.

C’est « mon » arrière‑boutique, « mon » refuge, et, quand je m’y installe, je me retrouve.

En revenant m’asseoir là, je sais aussi que cet espace n’est pas un refuge contre le monde, ce n’est pas une fuite, c’est une manière juste, essentielle, de revenir à l’intérieur de moi. De me nourrir d’une vitamine invisible, une vitamine que seule cette présence à moi permet d’assimiler, d’intégrer, d’incarner.

La solitude mal comprise

Je veux ici clarifier ce que j’entends par solitude, car je réalise à quel point ce mot est souvent mal compris. Et ce malentendu n’est pas nouveau. Au fil du temps, le simple fait de se retrouver avec soi pour faire silence, pour écouter, pour laisser venir les intuitions, les messages ou simplement la douceur – a été mal compris avec quelque chose de tout autre.

On confond solitude et isolement.

L’isolement est douloureux. C’est un état où le lien avec les autres est rompu, parfois malgré nous, parfois volontairement, et ça crée des blessures intérieures, des souffrances profondes.

La solitude, elle, est d’une autre nature. C’est un choix, une posture, un moment que l’on s’offre, non pas pour fuir le monde, mais pour se donner un lieu pour le digérer, le traverser. Un espace pour prendre du recul, pour retrouver une perception plus juste, plus apaisée.

Et pourtant, il arrive que cette solitude « choisie » devienne difficile à mettre en place – tout comme je l’ai vécu à l’automneparce que la vie peut nous happer, nous entrainer dans un rythme qui ne laisse plus de place à cet espace intérieur.

Alors l’équilibre vacille, on n’est plus nourri, on s’épuise en puisant dans notre énergie vitale jusqu’à mettre en danger notre santé physique et mentale.

C’est peut-être pour cela qu’un jour, j’ai ressenti le besoin de nommer cet espace autrement, et de le faire avec des mots significatifs pour moi, avec mon langage, et ce, pour mieux le reconnaitre, mieux l’honorer.

Et ce besoin ne date pas d’hier. Enfant, j’aimais me retirer dans ma chambre, seule avec mes crayons et mon papier, ou en train d’inventer des rituels, ou encore à observer des objets pour comprendre comment ils fonctionnaient, quitte à les démonter.

Ces moments étaient essentiels, vitaux.

Aujourd’hui encore, ces espaces de solitude choisie sont indispensables pour moi. Les nommer m’a permis de les identifier, de les reconnaitre, de leur donner une place réelle dans ma vie.

Espace-Création, fauteuil de « Matin Magique » et Table de création

Il existe mille façons de nommer son « arrière‑boutique ».

Pour moi, ce sont : mon Espace-Création, mon fauteuil de Matin Magique, ma table de création, entre autres.

Ce sont des lieux concrets, simples, mais profondément symboliques.

Mon fauteuil de Matin Magique est installé dans mon espace de vie créative. Tout près, il y a mes livres du moment, ceux qui m’inspirent. Il y a aussi mon sac voyageur, rempli de tout ce dont j’ai besoin pour créer, peu importe où je me trouve.

Autour de ces espaces, il y a des gestes qui m’accompagnent, dont la respiration d’huiles essentielles pour me recentrer le matin ou pour inviter la douceur le soir.

Et lorsque je m’assois, il n’y a aucune attente, je ne me projette pas, je reviens simplement à moi, je respire doucement, et je me demande : « Qu’est‑ce que j’ai envie de vivre maintenant ? »

Parfois, c’est contempler la nature par la fenêtre. D’autres fois, c’est écrire, gribouiller, dessiner ou lire.

Ce n’est pas un espace extravagant ou luxueux, c’est un espace vital pour mon mode de vie.

Et ce mode de vie, ce n’est pas seulement ce qui se passe dans ce précieux fauteuil ou à cette table magique. C’est une façon d’observer, d’écouter, de marcher dans la nature, de toucher mes carnets, de faire des liens, de laisser mes réflexions et mes intuitions se déployer.

Ces espaces sont des prétextes pour revenir à l’intérieur de moi, pour incarner l’amour de moi, et pour sentir que cet amour circule dans mon corps, dans mon cœur, dans ma présence, dans mes créations.

Une fois que cet espace est reconnu et honoré, on commence à percevoir ce qu’il offre réellement – au‑delà des mots.

Julia Cameron, dans Libérez votre créativité, parle des trois pages du matin. Mais avant d’écrire ces pages, il faut créer l’espace. Installer « l’arrière‑boutique ». Préparer les conditions favorables pour se connecter à soi.

C’est exactement ce que sont pour moi mon Espace‑création et mon fauteuil de Matin Magique : des espaces de connexion, des lieux où j’ai installé les éléments qui me permettent de m’offrir ce lieu.

Parce que lorsque je m’installe dans cet espace et que je m’y dépose, je me donne de l’amour. Et pour moi, c’est essentiel de le reconnaitre et de l’honorer.

Ces espaces, je les habite tellement qu’ils sont devenus des espaces sacrés, grâce à des retours réguliers, des rituels simples. Et là une énergie s’installe; une énergie qui rassure, qui sécurise, qui ouvre la voie à ce qui a besoin de monter à cet instant : des mots, des gestes, des émotions.

Les qualités de cet espace

Mon intention ici n’est pas d’énumérer des concepts, mais d’évoquer une présence, un lieu d’intimité, un lieu où l’on peut être soi, sans rôle, sans attente, dans la singularité de son essence profonde.

Dans cette « arrière‑boutique », il n’y a aucune injonction à avoir, juste soi avec soi.

Un espace de sécurité où rien ne presse, où rien n’a besoin d’être fait immédiatement. Seulement un mouvement doux, un mouvement qui respecte notre rythme, notre manière de voir, de sentir, d’exister.

C’est aussi un lieu de simplicité où on y trouve déjà tout ce dont on a besoin : un fauteuil, un carnet, quelques crayons, une fenêtre, le silence, une lumière douce qui inspire, quelques livres, une boisson chaude.

Rien de plus. Rien de moins.

« L’arrière‑boutique » est un lieu de fertilité invisible, et ce, même lorsque j’ai l’impression que rien ne se passe, quelque chose travaille en dessous, dans le souterrain, agissant comme un compostage intérieur. C’est subtil, imperceptible très souvent, mais profondément vivant.

Cet espace devient alors un refuge : un refuge d’intimité, de sécurité, de simplicité, de fertilité silencieuse qui nourrit l’intérieur sans que l’on s’en rende compte.

Et je peux te dire que lorsque je suis dans mon Espace-création ou assise dans mon fauteuil de Matin Magique ou à ma table de création, je suis en amour avec moi-même; je me donne cet amour.

Dans ce climat de sécurité et de simplicité, une présence intime peut enfin se révéler.

Celle qui attend patiemment

La petite créative intérieure, c’est cette part de nous qui vient de notre essence la plus profonde, qui se réveille, qui s’active, qui s’anime.

Attention, ce n’est pas la part blessée – même si elle cohabite avec elle. C’est la part qui a toujours envie de jouer, d’explorer, d’apprendre, de créer avec curiosité et émerveillement.

Mais pour s’exprimer pleinement, elle a besoin de constance, de protection, de douceur, de tendresse et d’amour.

Et parfois, pour mille raisons, nous ne pouvons pas lui offrir cet espace. Nous n’avons pas l’énergie, le temps, la disponibilité intérieure.

Ce qui est beau, c’est qu’elle ne nous en veut jamais, elle nous attend tout simplement, sans reproche, avec patience; parfois pendant des années, et même des décennies.

Mais un jour, on la redécouvre.

Et quand on commence à lui laisser une place dans notre « arrière-boutique », ce sont de véritables retrouvailles. Une joie douce, une tendresse retrouvée, un jeu qui revient.

C’est alors qu’elle nous prend la main et murmure :

« Viens. On va s’amuser. On va jouer avec les matériaux bruts, avec les brindilles ramassées en marchant dans la forêt, avec un simple contenant de lessive. Viens, on va créer ensemble. »

Chaque fois que je lui offre cet espace, dans mon « arrière-boutique », que je prends soin d’elle, quelque chose s’apaise en moi, et cet apaisement se propage bien au‑delà du moment de création, bien au-delà du contact avec elle et de l’instant.

Il y a alors une réconciliation intérieure qui se fait, une réunification douce, profonde, essentielle.

Ce que l’arrière-boutique transforme dans la vie courante

Lorsque j’intègre dans ma vie cette manière d’habiter mon « arrière‑boutique » – mon fauteuil de Matin Magique, la nature derrière chez moi, ma table de création – je réalise à quel point ces espaces deviennent des passages.

Des passages de l’intérieur vers l’extérieur.

Dans ces moments de solitude, de silence et d’écoute intérieure, quelque chose s’éclaire. Le bruit ambiant se tait, le parasitage se dissipe, et une clarté nouvelle apparait. Cette clarté intérieure ouvre la voie à des choix plus justes, plus respectueux de qui je suis. Et, comme mes choix deviennent plus justes, ma présence se transforme également : d’abord envers moi-même, ensuite envers les autres.

Ce qui compte ici, ce n’est pas le nombre de fois où l’on retourne dans cet espace. Ce qui compte, c’est la fidélité. La fidélité à cet endroit intérieur pour qu’il devienne un véritable lieu de transformation.

La transformation est souvent subtile. On ne voit pas toujours immédiatement ce qui change. Mais à force d’y revenir, quelque chose se décante : une lumière intérieure plus stable, une justesse plus évidente, une relation à soi et aux autres plus authentiques.

Ce qui nait alors dans notre « arrière‑boutique » finit toujours par fleurir dans la vie, se manifestant nécessairement à l’extérieur.

Et c’est là que l’on comprend : cet espace n’est pas seulement un refuge, c’est un acte d’amour. Un acte d’amour profondément humain, profondément incarné.

Parce qu’en s’y rendant – même dans les moments difficiles, même lorsque les émotions débordent, même lorsque les larmes montent – on s’y accueille tel que l’on est. On reconnait que la vie n’est pas une ligne droite, mais une succession de cycles, de passages, de respirations.

Habiter son « arrière‑boutique », c’est donc se choisir, se rencontrer. C’est s’aimer.

ALLER PLUS LOIN – S’offrir un espace juste pour soi

Et si tu osais un espace juste à toi?

Je t’invite à regarder autour de toi – et à l’intérieur de toi. Existe-t-il déjà un lieu qui t’appelle au silence, à la douceur, à la présence? Et si oui… quand vas-tu y retourner?

Habiter ton « arrière-boutique » est un acte d’amour. Un amour simple, humble, profondément vivant. Créer cet espace, le reconnaitre ou le revisiter, c’est se donner la permission d’être avec soi, sans attente, sans performance.

Cette semaine, choisis un lieu, un fauteuil, un coin de table, un carnet, une fenêtre, un moment, puis installe-toi et n’y fais rien d’autre que d’y être.

Il n’a pas besoin d’être extravagant ni luxueux : il a seulement besoin d’être habité.

Une bénédiction sacrée

Montaigne le disait déjà : rares sont ceux qui osent être pleinement eux-mêmes. Rares sont ceux qui s’aventurent dans cette arrière‑boutique, cet espace intérieur choisi, silencieux, intime.

Et pourtant… lorsque l’on accepte de se créer cet espace, et surtout de l’habiter, quelque chose de précieux se dépose.

Mais voici ce qui est magnifique : une fois que cet espace existe, une fois qu’on y a vécu ne serait‑ce qu’un instant, il ne disparait jamais vraiment. Même si l’on s’en éloigne, il finit toujours par nous inviter à revenir. À reconnaitre qu’il nous manquait, à imaginer de nouveau ce bienêtre doux d’être avec soi, en soi, dans ce lieu de retrait, de silence, de solitude choisie.

Habiter cette « arrière‑boutique », c’est donc habiter son cœur. Et lorsqu’on habite son cœur, les bienfaits se révèlent presque immédiatement, et c’est une bénédiction sacrée d’avoir, même pour un tout petit moment, cette conscience de soi.

Alors peut‑être que, là où tu es aujourd’hui, une arrière‑boutique t’attend. Elle attend simplement d’être reconnue et d’être habitée. Et si c’est le cas, j’en suis profondément ravie pour toi.

Avec toute ma tendresse,

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