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Quand l’imparfait révèle sa perfection
La semaine dernière, debout devant ma cuisinière, une pince dans la main droite, puis un linge épais dans l’autre, je m’apprêtais à sortir de l’autoclave des pots de jus de tomates que nous mettions en conserve pour la saison hivernale.
Même si, actuellement, ma famille et moi traversons une période difficile en raison de l’accident et de la santé de ma mère, et que faire des conserves – on le sait – demande beaucoup de travail, je sens le besoin de me rattacher à des activités qui permettent à mon cerveau de cesser de penser à tout ça et de me concentrer sur autre chose.
Et ça me fait un bien immense. C’était parfait pour moi!
Et donc, me voilà à sortir des pots bouillants de ce précieux jus, qui capture les saveurs de l’été, et à les déposer sur le comptoir pour qu’ils refroidissent.
La perfection de l’imperfection
Lorsque j’ai sorti le premier pot, après ce traitement thermique, j’ai vu le jus séparé en deux – la pulpe de tomate en haut et l’eau en bas – et je me suis souvenue de cette particularité qu’on ne peut voir qu’en faisant nos conserves maison nous-mêmes.
Et là, un pot après l’autre, déposé sur le plan de travail, j’ai fait ce constat :
cette séparation visible ne serait pas acceptable aux « standards » de l’industrie agroalimentaire, car ça serait qualifié d’imparfait.
Mais ô combien cette soi-disant « imperfection » est parfaite pour moi avec ce jus!
Parfaite, parce que je sais depuis que je suis toute petite, que le moment venu lors de l’ouverture, après l’agitation du pot, ce jus de tomates mûri au soleil dans les champs, explosera d’une saveur inégalée dans ma bouche.
Et en observant ces pots qui refroidissaient, je n’ai pas seulement vu du jus de tomates. J’ai vu toute une histoire se déposer là, dans ces couches superposées, comme une mémoire vivante qui me ramène à ma lignée.
Ces gestes qui racontent ma lignée
En mettant ce jus en conserve, m’est remontée une foule de souvenirs de mon enfance…
… Moi, à l’âge de 7 ou 8 ans, chez ma grand-mère, mettant une demi-cuillère de sel et de sucre dans chaque pot avant de les refermer pour le traitement thermique.
… Chez mes parents, vers les 12 ans à tourner la manivelle de la juteuse à tomates pour extraire le plus de pulpe possible de chaque fruit, tout en retirant la peau et les graines.
… Et aussi, moi, dans la trentaine, debout à l’évier de cuisine, en train de laver, de retirer le pédoncule de chaque tomate, puis de les couper en quartiers juste avant d’en extraire le jus.
Tout ça vient d’une transmission, d’un savoir qui ne se trouve pas dans les livres de recettes, parce que c’est un transfert de connaissance par la répétition des gestes dans une famille, une communauté; c’est un parfait rituel pour nous rassembler.
Aaaah ce gout unique! – Autant celui relié au jus qui a reçu un traitement thermique, que celui qui reste à la fin de l’extraction et qui n’est pas suffisant pour remplir le dernier pot, et que l’on boit avec un peut de poivre, et qui a un gout sans pareil qu’on ne retrouve jamais ailleurs; le gout du « parfait ».
Oui, ce gout particulier est comme une mémoire vivante, comme un désir viscéral de préserver ce savoir par amour du gout et des gestes qui donnent vie à ce jus, à ce moment, à ces souvenirs.
Et ça devient un ancrage puissant dans ma lignée, comme des racines qui nourrissent le corps, le cœur, l’âme et… ma Petite Créative intérieure.
Ces gestes parfaits répétés d’une génération à l’autre ne sont pas que culinaires. Ils deviennent des images, presque des enseignements, qui me parlent de la vie elle-même… et de moi.
Quand le jus devient miroir
Et si ce jus si délicieusement merveilleux, si parfait dans l’imparfait, qui se sépare – pulpe et eau – parlait de nous, de nos propres parties intérieures?
Parfois, nous nous sentons séparées de nous-mêmes ou dispersées, ce qui nous amène à croire, et malheureusement à nous juger, « imparfaites », « pas correct ».
Mais, tout comme mon jus de tomate maison, on peut « brasser et agiter » doucement – parfois vigoureusement – pour retrouver l’unité, quand vient le temps de s’en nourrir, s’en délecter.
Et donc, la « séparation » n’est pas un « défaut », c’est une vérité naturelle et intrinsèque de ce nectar précieux qui forme un tout.
« J’ouvre ce pot et je libère l’été, la chaleur du soleil, l’amour des mains qui ont transmis ce savoir, et je bois la mémoire vivante de ma lignée. »
Et c’est exactement ce que je retrouve dans mon Carnet et dans mes moments de création intuitive : cette même vérité de la matière qui vit, se sépare, se transforme… et qui m’invite à embrasser ce qui est.
Quand la matière nous enseigne
Il en est de même pour nous lorsque l’on plonge et que l’on se met à créer de manière intuitive.
Le papier, le carton, les acryliques ou les encres… ne réagissent pas toujours comme on s’y attend.
Les couleurs et les pigments ne se mélangent pas toujours comme prévu.
Et dans tous les cas, c’est exactement comme pour la séparation du jus de tomates : la beauté est dans l’authenticité, dans l’imparfait, pas dans le « parfait », pas dans la conformité.
Ces expériences créatives nous offrent un espace sécuritaire pour en apprendre plus sur nos « séparations » intérieures, tout comme aussi pour nous permettre de nous voir autrement.
Agiter doucement nos parties intérieures
Au cours des prochains mois, chaque fois que j’aurai envie d’ouvrir un pot de ce jus pour me nourrir de cette saveur, de ces souvenirs, de cette transmission, je vais agiter doucement ce pot pour mélanger ce qui est « séparé », pour gouter la plénitude d’un gout unique.
Ce moment deviendra un rituel où la perfection de l’imparfait m’enracinera dans la délectation du moment, avec amour.
De la même façon , quand on s’ouvre à soi-même, ça passe par « brasser en douceur » nos parties intérieures, pour unir l’eau et la pulpe de notre être – le corps, les émotions, les pensées…
Et le gout qui en résulte est unique, authentique, vivant et incomparable.
C’est un gout d’amour de soi.
Et c’est peut-être ça que ça veut dire l’expression « ça goute le ciel »!
ALLER PLUS LOIN – Le gout unique de ton amour
Comme le jus de tomates maison qui se sépare en pulpe et en eau, nous avons toutes en nous des parties qui, parfois, semblent éloignées ou dispersées.
Au lieu de voir cela comme un défaut, je t’invite à explorer cette « séparation intérieure » comme une richesse. Car c’est en accueillant chacune de ces parties, puis en les brassant doucement ensemble que l’on découvre le gout unique de son propre amour.
En plus de ton Carnet et de tes matériaux chouchous pour créer intuitivement, place près de toi, deux médiums de couleurs différentes (par exemple, deux encres, deux pastels, deux acryliques).
1. Laisse apparaitre la séparation: commence par déposer ces deux couleurs distinctementsur ta page. Ne cherche pas à les fusionner. Laisse-les cohabiter, vois leur contraste, leur singularité. Respire et reste avec ce qui apparait devant toi.
2. Agite en douceur: avec tes mains, un pinceau, un bâtonnet ou même un geste spontané de la Petite Créative, mélange-les par endroits, comme si tu brassais ton propre « pot de jus ». Observe comment elles s’unissent parfois, et parfois non. Aucune obligation: simplement accueillir ce qui se passe.
3. Mets des mots : écris quelques phrases autour : « Voici mes eaux intérieures », « Voici mes pulpes », « Voici mon gout unique ». Écoute ce qui monte de toi et laisse ta Petite Créative intérieure s’exprimer.
4. Accueille : contemple ta page comme un reflet de toi-même. Ressens que tout ce qui est séparé peut exister « ensemble », et que ton « gout » d’amour est incomparable.
Ta création devient le rappel que tu n’as rien à corriger en toi. Tes eaux, tes pulpes, tes mélanges sont exactement ce qu’ils doivent être. Chaque fois que tu te sens éparpillée, reviens à cette création comme on revient à un pot de jus maison : agite doucement, accueille, savoure. Parce que ton gout d’amour est unique. Et il goute le ciel!
Le gout unique de ton amour
Je t’ai parlé de mon jus de tomates « imparfait » maison, mais il en est de même pour toutes les conserves que l’on fait soi-même.
Et je ne suis pas là pour te convaincre que j’ai la vérité ou même de cuisiner ton propre jus de tomates.
Je suis là pour partager mon expérience, mes souvenirs, mes prises de conscience, et ainsi accueillir celles qui sont prêtes à vivre des expériences similaires qui les guident vers l’amour d’elles-mêmes.
Si tu sens que tu n’es pas encore prête pour tout ça, rassure-toi, tout va bien.
Peu importe ce que tu choisis de vivre comme expérience d’amour de toi , je te souhaite de t’accueillir sans vouloir te « corriger », car le gout de ton amour unique ne se trouve qu’en toi, et il est totalement parfait.
Avec toute ma confiance en ta sagesse intérieure,
Louise


