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Cet article contient une danse, une baleine et un souffle… pour apprendre à habiter les silences tout doucement et respirer entre les mouvements de la vie.
(temps de lecture : 8 minutes)
Quand la Création intuitive nous apprend à respirer… entre les mouvements de la vie.
Parfois, au moment où je m’y attends le moins, des perles se dévoilent à moi et viennent toucher quelque chose de vivant en moi.
Parfois, le lien qui se crée entre mon vécu et ma création me renverse complètement.
Ce sont des moments tellement nourrissants, que ça me pousse toujours à rester attentive à ce que j’entends, ce que je vois, ce que je ressens…
J’adore ces moments lumineux. Ils montent en moi comme des bulles de savon dans un ciel de printemps.
Je veux t’en parler d’un que j’ai eu récemment. Installe-toi, je te raconte.
Une danse qui ouvre quelque chose à l’intérieur
Comme chaque dimanche soir ces temps-ci, je me suis installée confortablement devant mon émission préférée, qui en est à sa septième saison.
C’est l’émission Révolution – un concept 100 % québécois qui est devenu un succès international -, où des artistes de la danse compétitionnent pour remporter la première place.
Durant l’épisode que je regardais, il y a eu une danseuse de seulement 17 ans – Noalie Dubois – qui se présentait pour la toute première fois.
Lorsque l’animatrice de l’émission lui a demandé pourquoi elle venait se présenter sur la scène, j’ai été touchée par l’assurance tranquille qu’elle dégageait en parlant d’elle; en plus de danser, elle chorégraphie elle-même ses enchainements.
Dans ce que j’ai perçu d’elle, sa créativité m’a interpelée profondément, mais j’ai senti aussi des questions se soulever en moi :
Combien parmi nous se cachent derrière des rôles, du perfectionnisme, des supposées attentes des autres, et même des talents et des expertises au lieu d’habiter pleinement leur propre vie?
Moi. Ça m’arrive. Je l’avoue; avec une pointe de déception envers moi.
Sur le moment, je n’ai pas pu aller plus loin dans ma réflexion…
Elle a commencé à danser.
Et là quelque chose d’encore plus profond s’est révélé dans sa manière d’habiter le mouvement lui-même.
Le silence entre les mouvements
Scotchée à mon fauteuil, tout le long de sa prestation, j’ai été prise au cœur par sa présence et la musicalité de ses mouvements.
Elle dégageait une telle confiance en son corps, que ses enchainements, parfois dynamiques, parfois d’une lenteur habitée, ont fait monter l’émotion en moi.
Puis, encore émue de tout ce que cette artiste venait de déposer sur la scène, c’est ce que lui a dit la juge Lydia Bouchard – « maitre » d’expérience en danse classique – qui a donné encore plus de profondeur à ce que je ressentais :
« […] ta musicalité est extraordinaire, mais tes moments d’arrêt qui nous permettent de lire cette musicalité, là, il y a quelque chose que tu fais très, très bien là-dedans… de tolérer de ne rien faire en scène. Et je pense que ça demande une très très grande force. »
En l’écoutant, quelque chose s’est soudainement clarifié en moi.
Nous avons appris à remplir… remplir les silences, les espaces vides, les pauses, les moments d’incertitude… et même les émotions.
Et pourtant, le silence n’est pas une absence. Il fait partie du mouvement.
Je le savais pour la musique, mais là, en écoutant Lydia parler de ces silences dans les mouvements de la danse de Noalie, j’ai immédiatement senti un lien immense avec ce que je vis dans la Création intuitive.
Le silence des mains en plongée créative
Ah oui! Je me suis vue assise à ma table de création, après une centration en moi, puis les mains qui plongent dans la matière brute par des mouvements qui remontent souvent à l’enfance.
Et là, dans cette vision, j’ai pu remarquer les moments où mes mains s’arrêtent, où mon regard observe et contemple.
Dans ces moments, mon corps ressent, et quelque chose d’imperceptible consciemment cherche sa suite.
À l’image de ce que cette artiste m’a fait comprendre, l’enchainement des mouvements dans mes plongées créatives offre le silence des mains, le silence de la matière, le silence du corps.
Ça devient une respiration naturelle entre les mouvements… avant de replonger.
J’ai alors vu à quel point un silence créatif peut devenir inconfortable. Comme il peut faire monter l’anxiété. Le besoin de produire rapidement pour remplir l’espace avant même d’avoir écouté ce qui cherche doucement à émerger.
Cette anxiété provoque souvent un besoin de produire rapidement, de remplir, de finir, de corriger… comme si le silence devait absolument être interrompu.
Avec le temps, je réalise que, sans m’en rendre compte, j’ai doucement apprivoisé cette manière de ralentir, écouter, sentir et laisser émerger.
Et aujourd’hui, je vois à quel point le vrai mouvement créatif ne vient pas seulement du geste. Il vient aussi de l’espace intérieur accueilli entre deux gestes.
Plus j’y pense, plus je réalise que cette manière d’habiter les silences touche profondément ma relation à moi-même.
L’amour de soi et la fin du remplissage
Je le vois pour moi, je le vois pour les femmes que j’accompagne et pour celles autour de moi, remplir notre vie est très souvent une forme d’évitement.
Éviter le vide, éviter la culpabilité, éviter la peur, éviter le sentiment de ne pas être assez ou d’être trop.
Il y a en nous une difficulté profonde à exister sans produire.
Lorsque l’agitation monte… lorsque l’anxiété de performance ou la peur prennent de la place, alors le remplissage devient souvent une manière de nous rassurer sur notre valeur.
Face à ça, le défi est celui d’accepter les silences.
Et dans notre vie, si bien remplie, ça pourrait vouloir dire d’accepter de ralentir et de ressentir.
Ça pourrait vouloir dire aussi d’accepter d’exister sans se prouver ou sans « performer » sa vie.
Peut-être qu’au fond, l’amour de soi commence aussi là :
Dans notre capacité à cesser de remplir tous les espaces de notre vie pour enfin entendre ce qui vit en dessous du bruit et de l’agitation.
Parce que le silence révèle souvent ce qui demande à être rencontré en soi.
À ce point de ma réflexion, une magnifique image a surgi en moi : celle d’une baleine qui replonge après une remontée pour respirer et faire une pause à la surface.
La baleine, la respiration et les rythmes du vivant
Imagine cet immense mammifère marin qu’est la baleine, celle qui nage et ondule dans les eaux profondes des océans.
Imagine le contraste entre son poids et sa stature, puis la lenteur et la délicatesse de ses mouvements.
Elle danse et ondule librement au cœur de cette eau qui l’entoure et la supporte, puis elle remonte.
Un grand jet d’eau est propulsé par la puissance de son souffle qui ouvre les évents sur sa tête, puis elle respire librement en se laissant glisser à la surface de l’eau, faisant une pause dans sa vie marine.
Puis, une fois remplie de cet air précieux, elle replonge en profondeur, pour continuer sa danse de vie.
On pourrait croire que lorsqu’elle remonte à la surface, elle quitte ses profondeurs.
Ce n’est pas le cas.
La baleine, tout comme notre vie ou la Création intuitive, ne peut pas être constamment en intensité intérieure.
Les pauses, les silences et les moments de respiration font partie du mouvement du vivant, un vivant qui fonctionne en vagues.
Ces respirations et ces silences rendent la suite possible.
Tout comme me l’a fait voir et ressentir Noali, le silence fait partie du mouvement au lieu d’en être l’absence.
Peut-être même que ces silences sont des passages sacrés dans nos parcours de retour vers soi.
Les silences comme passages sacrés
Plus je laissais cette image vivre en moi, plus je sentais que ces respirations du vivant étaient peut-être bien plus que de simples pauses.
Je réalise qu’en me laissant habiter par ces silences au cours de mes plongées créatives, je les vis comme des seuils.
Des espaces où quelque chose de profondément subtil et inconscient se réorganise intérieurement.
Là où je cesse de vouloir tout contrôler, je réalise, souvent avec surprise, que quelque chose d’inattendu émerge.
La Création intuitive ne me propose alors pas seulement une activité, une technique ou un projet créatif. Elle me laisse rencontrer ce qui veut naitre.
Elle propose une autre relation au rythme, une autre relation à soi, une autre manière d’habiter le vivant.
Dans ce monde qui valorise tellement le remplissage, la vitesse, la performance et le bruit, apprendre à habiter les silences devient peut-être l’un des plus grands gestes d’amour envers soi-même.
Et lorsque mes mains se sont immobilisées assez longtemps à travers ces plongées créatives qui rendent visibles mes silences intérieurs, une poésie du cœur en émerge.
J’en partage un bout avec toi, provenant de mon tout dernier Carnet du Cœur :
Dans la forêt du dessus-dessous, ainsi, tout se libère pour aller à la rencontre de ce qui est.
Et moi, Louise, j’ouvre la porte de mon cœur sur la Lumière d’Amour infini.
Et je nais de cette Lumière d’en dessous pour vibrer de joie.
En me laissant guider par ce chemin fait d’ombre, parsemé de paillettes de Lumière.
ALLER PLUS LOIN – Respirer entre les gestes
Parfois, nous avons tellement appris à remplir que nous ne savons plus comment simplement rester présentes dans l’espace entre deux mouvements.
Je t’invite aujourd’hui à explorer doucement ce qui se passe lorsque tu laisses les silences exister dans ta Création intuitive… sans chercher à les interrompre.
Sors ton Carnet et ton matériel chouchou pour créer intuitivement, puis installe-toi à ta table de création… surtout, sans aucun objectif de résultat.
1. Commence par t’arrêter – Avant même de créer, assieds-toi quelques instants devant une page blanche. Observe-la. Observe aussi ce qui se passe à l’intérieur de toi devant cet espace vide. Y a-t-il une envie de commencer vite? De remplir? De réussir quelque chose? De faire « beau »? Respire simplement avec ça.
2. Entre dans la matière lentement – Laisse maintenant tes mains choisir une couleur, une texture ou un médium sans trop réfléchir. Commence doucement. Un geste, puis un autre. Et entre certains gestes… arrête. Pas pour analyser. Pas pour réfléchir. Seulement pour ressentir.
3. Écoute les moments où quelque chose veut remplir – Lorsque l’élan de « produire » apparait… Lorsque l’envie de corriger, d’ajouter ou de finir monte… Arrête-toi un instant. Observe ce que ce silence provoque en toi. De l’impatience? De l’inconfort? De la peur? Ou peut-être quelque chose de plus subtil encore…
4. Laisse les silences faire partie de la création – Permets à tes mains de parfois ne rien faire. Laisse ton regard contempler. Laisse la matière respirer comme dans une danse, comme une vague qui avance, puis se retire… comme une baleine qui remonte respirer avant de replonger.
5. Termine en observant ce qui a changé – Lorsque tu sentiras que ton exploration est terminée, prends quelques instants pour observer non seulement ce que tu as créé, mais surtout comment tu t’es sentie en créant. Qu’est-ce que les silences ont ouvert en toi? Qu’est-ce qu’ils t’ont révélé? Tu peux l’écrire autour de ta création.
Peut-être découvriras-tu que ces espaces que tu cherchais autrefois à remplir sont aussi des endroits où quelque chose de vivant peut enfin se déposer.
Et si tu n’avais plus besoin de remplir tous les espaces?
Peut-être qu’en lisant ce texte aujourd’hui, quelque chose en toi s’est reconnu.
Peut-être que toi aussi, tu connais cette difficulté à t’arrêter. Cette impression qu’il faut continuer, produire, avancer, remplir… même lorsque ton corps, ton cœur ou ton âme demandent doucement une respiration.
Alors j’aimerais simplement te partager ceci :
Les silences ne sont pas des vides à craindre.
Ils sont parfois des espaces où le vivant reprend sa place doucement en nous.
Peut-être que, dans ces moments où tes mains s’arrêtent, où tu ne sais plus quoi faire, où quelque chose semble suspendu… et qu’il te semble que « rien » ne se passe…
Peut-être justement que quelque chose de profondément précieux est déjà en train de se réorganiser à l’intérieur de toi.
Alors, si tu le peux, ouvre de petits espaces pour respirer entre les mouvements de ta vie.
Sans culpabilité, sans performance, et surtout, sans obligation de remplir immédiatement ce qui cherche simplement à être écouté.
Parce qu’il arrive parfois que ce soit dans les silences les plus habités… que nous retrouvions doucement le chemin vers nous-mêmes.
Avec tout mon amour,
Louise


