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Cet article contient une invitation à regarder autrement tout ce que tu as appris à appeler « c’est juste ça » – et à reconnaitre, dans ton quotidien, ce qui nourrit profondément ta vie… et ta valeur.
(à lire en 9 minutes)
Lorsque l’essentiel prend une forme ordinaire
Je l’ai encore entendu dernièrement. Et en m’arrêtant quelques minutes de plus, je peux me souvenir d’une foule d’autres exemples où je l’ai entendu.
Pour être en totale transparence avec toi, ça m’arrivait souvent de le dire à une certaine période de ma vie. Mais j’en ai pris conscience il y a plusieurs années, et ma pensée, puis mes propos ont changé sur ce sujet.
Je te donne un exemple de ce que j’évoque :
J’accueillais dernièrement une amie pour une tisane ensemble.
À son arrivée, je remarque la tunique colorée qu’elle porte, et que je trouve qu’elle lui va à ravir, qu’elle souligne sa silhouette et l’éclat de ses yeux. Et spontanément je la complimente à ce propos.
Au lieu de simplement dire : « Merci » ou « Oui, chaque fois que je porte cette tunique, je me sens bien ».
Elle me répond : « Oh, cette tunique-là? Ça fait longtemps que je l’ai. Je l’ai acheté en rabais. »
Aujourd’hui, ça me pousse à la réflexion suivante…
Je lui disais sincèrement et spontanément que cette tunique lui allait bien.
Mais que s’est-il passé?
Le petit mot qui réduit tout
L’important dans cette histoire avec mon amie, ce n’est pas sa tunique. À la limite, elle est « accessoire ».
Là où ça gratte, c’est le réflexe de diminuer la valeur de ce qui vient d’être reconnu et nommé par quelqu’un d’autre.
Une « réponse réflexe » qui émet l’opinion que… c’est « juste » ça!
Je le vois bien, les femmes ont beaucoup de difficultés à accueillir les compliments. C’est assurément culturel, mais aussi générationnel, peut-être.
Dans leur étonnement de se faire dire un compliment, c’est comme si elles recevaient une patate chaude, et qu’elles devaient s’en délester illico.
Mais pourquoi avons-nous tant de difficultés à recevoir?
Pourquoi ressentons-nous parfois ou trop souvent le besoin de diminuer ce qu’on nous offre, qui est beau, précieux ou nourrissant pourtant?
En tout cas, moi, même si je m’efforce de mettre plus de conscience dans ce que je reçois – compliments, cadeaux, remarques constructives – je sais que le réflexe de banaliser tout ça, me guette.
Et j’imagine que je ne suis pas la seule
Ce n’est pas la « chose » que nous diminuons
Lorsque je me suis mise à porter attention à ce que je disais lorsqu’on m’offrait un compliment ou à ce que j’entendais dans ce même genre de situation, j’ai remarqué que ce réflexe ne touchait pas seulement les compliments ou les cadeaux.
Ça passe de « c’est juste une promenade » à « c’est juste une heure pour moi ».
Ou encore « c’est juste un carnet », ou « c’est juste une envie », ou même « c’est juste un besoin »…
Je trouve ça complètement hallucinant de voir comment on peut, par « réflexe », diminuer certaines choses.
Peu à peu, j’ai aussi réalisé que ce n’était pas les choses elles-mêmes qu’on diminuait. C’était très souvent leur impact sur notre vie.
Soit, enlever de la valeur à ce qui a de l’importance dans notre propre vie, et qui pourrait la nourrir de l’intérieur.
Parce que, oui, ma promenade m’a permis de me libérer l’esprit et fait de la place à de nouvelles idées.
Parce que, oui, l’heure que j’ai passé en ma compagnie m’a permis de réfléchir à une grande décision que j’ai à pendre.
Parce que, oui, le carnet que j’ai crée, tout au long de ces derniers mois, m’a permis de me rencontrer autrement.
Parce que, oui, l’envie qui est en moi depuis longtemps et que j’ai honorée m’a permis de me choisir, enfin.
Parce que, oui, le besoin que j’ai et que j’ai exprimé m’a permis de me libérer d’un non-dit longtemps refoulé.
Arrêter de « diminuer », c’est élargir notre lien avec nous-mêmes, et nous ouvrir à l’amour de soi.
Ce que j’observe à propos de ce fameux « diminuer la valeur des choses de ce qui constitue certains éléments de notre vie », c’est que pour qu’elles aient de la valeur à nos yeux, elles doivent impressionner.
Oui. Je crois que nous avons parfois – trop souvent malheureusement – appris à reconnaitre la valeur des choses lorsqu’elles impressionnent, mais rarement lorsqu’elles nourrissent ou donnent un sens profond à qui nous sommes vraiment.
Quand une femme dit : « ce n’est qu’un collage. »
Ce jour-là, j’ai entendu mon amie que j’accueillais répondre à mon compliment par : « C’est juste une tunique ».
Mais ça se produit aussi durant les partages après les plongées créatives que je guide.
J’entends encore des phrases comme celles-ci – de moins en moins souvent avec la pratique de la conscience, mais tout de même :
« Ce n’est qu’un papier journal avec de la gouache ».
« Ce n’est qu’un collage avec des images de magazines ».
« Ce n’est qu’un bricolage fait avec ce qui trainait autour de ma table de création ».
Et pourtant, bien que mes oreilles s’ouvrent encore plus lorsque j’entends ces propos, moi, voici ce que je vois et ce que je ressens en les écoutant :
« Une émotion d’apaisement profond grâce à cette gouache, qui a créé des formes aux couleurs pastel et aux mouvements qui ressemblent à ceux de la mer. »
« Une blessure soignée par l’image d’un bébé, collée dans une vraie coquille de noix, elle-même collée dans les bras de l’image d’une maman singe qui le regarde avec tendresse. »
« Une réconciliation intérieure grâce à ce bouton de vêtement qui trainait par là, et cousu sur ce carnet, devenant un bouton de pouvoir intérieur. »
Le problème, ce n’est pas que les matériaux soient « simples »…
Le problème, ce n’est pas que les gestes soient « simples » et ressemblent à ceux que font les enfants…
Le problème, ce n’est pas que les créations soient « simples », justement.
Le problème, c’est… que nous avons appris à croire que « simple » signifie « superficiel ».
Ce qui donne de l’espoir avec ce constat, c’est que, lorsque l’on en prend conscience, le regard peut commencer à changer et à transformer.
Ce que Matisse révèle
Dans mon envoi précédent, je t’ai parlé de ma découverte de Matisse dans la dernière période de sa vie.
Soit celle de ses œuvres en papiers découpés, démontrant sa capacité à tellement bien connaitre les sujets qu’il abordait, qu’il découpait les formes à ciseaux « levés », sous aucun tracé.
Il découpait des formes d’une grande simplicité, et ce, dans des papiers qu’il peignait à la main avec ses propres couleurs.
Et parce qu’aux yeux de certaines personnes du milieu artistique, ces œuvres étaient composées de « simples » papiers découpés, Matisse a été critiqué.
Pourtant, il créait avec le vivant… avec ce qui l’habitait profondément.
Aujourd’hui, ce qui me touche, c’est que l’histoire de Matisse ne parle pas seulement d’art. Elle parle de notre regard. Parce que, là où plusieurs ont vu des papiers découpés, lui voyait une œuvre. Là où plusieurs voyaient quelque chose de simple, lui travaillait à partir de décennies d’observation, de recherche et de présence.
Cet exemple de Matisse, me fait voir un phénomène humain universel :
Lorsque quelque chose parait « simple », nous supposons souvent qu’elle est « simple », et sans valeur réelle.
Si je prends l’exemple de la Création intuitive, pourtant, comme dans les œuvres en papier découpés de Matisse, le papier parle en réalité de profondeur, de notre profondeur.
Et ça, ça dépasse largement le choix des matériaux, des outils et des gestes ou même des techniques.
En dépassant cette impression de « simple », on peut voir que les passages les plus profonds prennent parfois la forme de quelques papiers colorés, d’une paire de ciseaux et d’un peu de colle.
Passer à côté de l’essentiel
Je crois que c’est une question qui mérite qu’on s’y arrête honnêtement :
Pourquoi avons-nous autant tendance à associer la valeur à ce qui impressionne?
Comme si tout devait se résumer à ça pour que la valeur soit acceptée.
« Juste une promenade ou une impressionnante marche de 10,000 pas. »
« Juste une heure pour soi ou un impressionnant trois heures de méditation. »
« Juste une conversation ou un impression discours sur le bonheur. »
« Juste une couleur choisie spontanément ou une impressionnante technique du rendu de la couleur. »
« Juste une Création intuitive ou une impressionnante œuvre d’art suspendue dans un musée ».
Ce n’est pas l’un OU l’autre.
Ça peut être l’un ET l’autre.
Parce que la profondeur ne se manifeste pas toujours sous une forme spectaculaire ou pécuniaire.
Et c’est bien dommage de ne pas le voir ainsi, parce que ça nous fait passer parfois – peut être trop souvent – à côté de ce qui pourrait nous transformer et nous élever… à cause du manque d’importance, de valeur ou d’impression qu’il inspire.
Notre difficulté vient donc très souvent de ne pas savoir reconnaitre la valeur et d’accepter que certaines choses très simples puissent avoir autant d’importance.
Et si ce n’était pas « juste »…
Et si ce n’était pas « juste »… une tunique?
Et si ce n’était pas « juste »… une promenade?
Et si ce n’était pas « juste »… un moment pour soi?
Je crois que lorsque nous cessons de diminuer ce qui nourrit notre vie ou ce qui pourrait la nourrir, nous entrons dans l’amour de soi, dans la joie de ce qui nous fait du bien.
Parce que la valeur de certaines choses ne dépend pas de leur apparence, de leur prix, ou même de leur popularité.
Cesser de minimiser ce qui nous semble trop « simple » pour avoir de la valeur demande un effort, je dirais même du courage, parce que ce réflexe est bien formaté et ancré en nous.
Par contre, chaque fois qu’on réussit, chaque fois qu’on reconnait cette valeur dans le « simple » ou dans le « c’est juste ça », on vit une expérience de profondeur nourrissante qui fait grandir notre amour de soi.
Et donc, à cette lumière, la question qui s’impose maintenant :
Sommes-nous capables de reconnaitre la valeur de ce qui nous nourrit lorsqu’elle prend une forme discrète, plutôt que spectaculaire?
Parce qu’au fond, reconnaitre la valeur d’un collage, d’un besoin, d’un désir ou d’une heure pour soi, c’est souvent apprendre à reconnaitre sa propre valeur.
Peut-être que l’amour de soi commence justement là… dans notre capacité à reconnaitre la valeur des choses qui nourrissent notre existence, même lorsqu’elles ne portent aucun costume impressionnant.
ALLER PLUS LOIN – Reconnaitre la valeur de ce qui me nourrit
Je t’invite à t’offrir un court moment de Création intuitive pour explorer, non pas ce qui impressionne, mais ce qui te nourrit vraiment.
Laisse cette proposition être simple… justement.
1. Choisir une chose que tu minimises – Prends quelques instants pour compléter intérieurement cette phrase : « C’est juste… » – Est-ce que c’est… juste une promenade, juste un carnet, juste un moment pour moi, juste une couleur, juste une envie, juste un besoin, etc. – Choisis une seule chose que tu as tendance à diminuer, même si elle te fait du bien.
2. Rassembler des matériaux simples – Choisis quelques papiers, images, couleurs, crayons, bouts de tissu, boutons, retailles ou matériaux qui t’appellent. Ne cherche pas ce qui est beau ou ce qui impressionne. Choisis ce qui attire doucement ton regard, ton monde intérieur.
3. Créer une forme de reconnaissance – Sur une page de ton carnet, laisse tes mains créer autour de cette chose que tu minimises. Tu peux coller, découper, tracer, superposer, entourer, écrire quelques mots. L’intention n’est pas de faire une « belle » création, mais plutôt de dire à cette chose : « Je reconnais que tu as de la valeur pour moi. »
4. Observer ce qui nourrit – Lorsque ta création semble terminée, regarde-la doucement, puis demande-toi : Qu’est-ce que cette chose je minimise m’apporte vraiment? Qu’est-ce qu’elle nourrit en moi? Pourquoi ai-je tendance à la diminuer? Qu’est-ce que je ressens lorsque je lui redonne sa valeur? Écris quelques mots autour d’elle, si tu en ressens l’élan.
5. Poser un geste significatif – Pour terminer, choisis un geste concret pour honorer ce qui s’est révélé. Ça peut être : faire une seconde promenade. Reprendre ton carnet. Porter ce vêtement avec plaisir. T’offrir une heure pour toi. Nommer un besoin. Etc. Et aussi, laisse ta création visible quelques jours. Pas pour impressionner, mais pour « reconnaitre » ce qui a émergé.
Ce moment de Création intuitive peut t’aider à voir autrement ce que tu avais pris l’habitude de minimiser. Parfois, redonner de la valeur à une petite chose, c’est déjà commencer à redonner de la place à une partie de soi.
Ce qui nourrit a déjà de la valeur
Peut-être qu’en lisant ces lignes, tu as pensé à quelque chose que tu diminues souvent.
Un moment pour toi. Une création. Un vêtement dans lequel tu te sens bien. Une joie simple. Une envie discrète. Un besoin que tu n’oses pas encore prendre au sérieux.
Si c’est le cas, j’aimerais te rappeler doucement ceci : ce qui te nourrit n’a pas besoin de se montrer impressionnant pour avoir de la valeur.
Il n’a pas besoin d’être grand.
Il n’a pas besoin d’être reconnu par les autres.
Il n’a pas besoin d’être utile, rentable, spectaculaire ou parfaitement justifié.
S’il t’aide à respirer un peu plus librement, à te retrouver, à te déposer, à te sentir plus vivante, alors peut-être qu’il mérite déjà ton attention.
Et peut-être justement que l’amour de toi commence là aussi, dans ce regard plus tendre posé sur ce que tu avais l’habitude d’appeler « juste ».
Juste une promenade. Juste un carnet. Juste un collage. Juste un moment pour toi.
Et si, finalement, ce n’était pas « juste »?
Et si c’était un passage discret vers toi?
Avec tout mon amour,
Louise


