Une terre assez vaste pour ma diversité

Page de journal sur fond blanc montrant une terre intérieure au contour irrégulier, remplie de petits papiers colorés et texturés, avec trois fleurs, un papillon fait à la main, quelques touches dorées et de l’écriture manuscrite autour.
Page de journal sur fond blanc montrant une terre intérieure au contour irrégulier, remplie de petits papiers colorés et texturés, avec trois fleurs, un papillon fait à la main, quelques touches dorées et de l’écriture manuscrite autour.

Cet article contient… une terre en patchwork, deux fleurs devenues des yeux et un mot inattendu qui a déplacé ma manière de m’accueillir.

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Créer parmi les femmes

Lors du Festival de la Créativité, j’ai eu énormément de plaisir à proposer un « voyage créatif » vers sa terre intérieure.

Pendant que j’invitais les participantes à faire apparaitre leur terre intérieure dans leur journal, comme chaque fois que j’offre des plongées créatives, je créais, moi aussi, la mienne en même temps qu’elles.

Dans des matériaux et des gestes tout simples, cette terre a pris corps. Dans mon cas, ça l’a été tout d’abord par un contour irrégulier, puis elle s’est remplie de petits morceaux de papier colorés et texturés provenant de ma banque de papiers que j’ai colorés moi-même au fil du temps, puis sont venus s’y ajouter des fleurs découpées et quelques éclats dorés.

Ce moment où mes mains s’activent dans toutes ces textures, je le savoure toujours avec délice sans chercher à ce que ça devienne quelque chose d’uniforme. Juste : choisir, déchirer ou découper, rapprocher, parfois, superposer, puis coller.

Je ne sais jamais où aboutira une plongée créative. Ce qui compte pour moi, c’est le voyage et ce que j’y ressens, là maintenant.

Puis, au moment où je découpais MA terre intérieure pour la faire venir dans mon journal, je les ai vus : deux yeux ronds. Puis la forme entière de mon collage m’a fait penser à un visage enfantin, accueillant, dans une atmosphère de fête.

Avec le sourire aux lèvres, j’ai collé cette terre intérieure « enfantine » dans mon journal et en l’observant doucement, puis en écrivant tout autour d’elle, un mot auquel je ne m’attendais pas s’est imposé à moi : diversité.

Le mot qui m’a surprise : diversité

Au cœur de cette nouvelle surprise, je voyais encore très clairement ces yeux et cet esprit enfantin, mais ce mot — diversité — captait maintenant toute mon attention, et éveillait ma curiosité.

Oh oui! Je me rends compte qu’il y a dans cette création des couleurs et des textures, des papiers de provenances variées et inattendues, des fleurs et du doré, mais aussi des formes irrégulières et impossibles. En bref, il y a des mouvements qui ne cherchent pas à s’entasser, mais plutôt à partager l’espace.

Rien dans cette création ne m’a donné l’impression d’être à part ou dispersée. Au contraire, j’y ai ressenti de la douceur et même de l’accueil.

Puis de façon naturelle, vers la fin de cette observation, une phrase clé est venue rassembler ce qui m’a semblé important à ce moment :

« Ma terre intérieure est un plaisir enfantin qui m’accueille dans MA diversité par SA diversité. »

Tout à coup, je la voyais autrement : ma diversité intérieure n’était peut-être pas ce qui m’empêchait d’habiter cette terre. Elle pouvait être précisément la façon dont cette terre m’accueillait.

Bien sûr, cette phrase aurait pu rester une belle découverte dans mon journal; et ça aurait été correct. Mais ce jour-là, durant les partages après la plongée, j’ai eu la nette impression que ce que je venais de voir dans ma création se mettait aussi à circuler dans ma manière d’être. En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti.

Quand la diversité sort de la page

En toute transparence, ce qui était surprenant pour moi à ce moment, c’est que depuis quelques semaines, je me questionnais beaucoup sur ma façon d’être durant les partages avec mes participantes.

Je me demandais si certains élans que j’avais devaient être modifiés, retenus ou je ne sais quoi d’autre.

Mais, et c’est ça qui ouvre le « Eureka! », c’est que pendant les partages du Festival après la plongée vers ma terre intérieure, quelque chose s’est relâché, et je me suis sentie à nouveau libre d’être moi.

J’écoutais sans avoir le sentiment que je devais choisir une seule manière d’être : émue ou enthousiaste; faisant des liens ou riant; me laissant toucher ou partageant ce que je percevais.

Cette façon d’accompagner est pourtant bien la mienne. Je crée parmi les femmes et je partage à partir de l’intérieur de l’expérience depuis des années. Ce jour-là, la nouveauté n’était pas une autre façon d’être, mais la liberté retrouvée de l’habiter pleinement.

Sur la page de mon journal reposait maintenant ma terre intérieure m’accueillant par SA diversité, et m’offrant cette liberté d’habiter MA propre diversité.

J’ai ressenti de la joie en entendant l’une parler d’une terre intérieure ailée, légère et douce, dans la forme d’un oiseau; j’ai été profondément touchée par une autre qui, figée au début de la plongée, avait senti sa terre la réchauffer progressivement grâce à ses mains; puis l’enthousiasme est monté en moi lorsqu’une autre a découvert une terre gourmande, nourrissante, qui sentait bon les épices d’automne.

Quand j’y repense, je suis encore remplie d’émotions. Je me dis que revenir vers soi ne demande peut-être pas toujours de résoudre ce qui semble contradictoire ou changeant.

Revenir à ma terre intérieure

J’ai souvent cherché à comprendre qui je suis, et surtout quelle est la « bonne » manière d’être, et ce que je devrais changer ou garder comme ça.

Dans cette recherche, la Création intuitive m’a souvent ouvert une porte sans que j’aie besoin de creuser sans cesse ni de « gratter des bobos », comme je dis souvent.

Ce jour-là, avec ces matériaux et ces matières simples, une terre s’est présentée à moi, concrètement. Elle s’est présentée comme profondément mienne sans être parfaite ou même faite d’une seule matière.

Elle m’a fait voir que plusieurs couleurs et textures peuvent cohabiter sans que l’une doive l’emporter sur les autres, et que plusieurs formes et mouvements peuvent appartenir au même vivant, au même tout, sans que l’unité devienne uniforme.

Je ne sais pas ce que cette image pourrait ouvrir pour toi.

Pour moi, l’habiter commence très concrètement par revenir à cette page de mon journal, à cette terre intérieure. C’est y poser le bout des doigts, fermer les yeux et en humer les reliefs. Puis c’est revoir ce visage coloré, irrégulier et fleuri avec quelques éclats dorés, un peu étranges, même s’il me fait aussi penser au crâne fleuri du jour des Morts au Mexique. Et pourtant, il est profondément accueillant.

Après avoir vu toute cette diversité dans ma terre intérieure, je soupire de soulagement. Quelque chose s’est doucement calmé en moi.

Au moment où j’écris ces mots, je flatte doucement cette terre précieuse. Je ne cherche plus à la corriger ni à l’unifier davantage. Je glisse mes doigts sur ses reliefs avec tendresse, pendant que le mot diversité continue de travailler en moi.

Je n’ai peut-être pas besoin de devenir une seule couleur pour me sentir chez moi en moi. Je peux habiter cette terre en toute liberté.

RESTER UN PEU AVEC ÇA

Si tu en ressens l’élan, rassemble simplement quelques couleurs, papiers ou matières qui t’attirent aujourd’hui, même s’ils ne semblent pas aller ensemble.

Dépose-les devant toi ou dans ton carnet, sans chercher à les harmoniser ni à en faire quelque chose. Regarde simplement ce qui se passe lorsqu’ils peuvent être là, côte à côte.

Et si une question veut t’accompagner, laisse venir celle-ci :
« Qu’est-ce que leur diversité ouvre en moi? »

Rien d’autre n’a besoin d’arriver.

Et toi, belle créative, je te souhaite aujourd’hui de pouvoir laisser un peu plus de place à ce qui, en toi, ne cherche peut-être pas à se ressembler.

Sans avoir à choisir une seule couleur. Sans avoir à rendre tout ça parfaitement cohérent.

Seulement sentir, peut-être, qu’il existe en toi une terre assez vaste pour t’accueillir.

Avec tout mon amour,

Louise

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