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Cet article contient… un volet qui s’ouvre, de petits cailloux sur le chemin et une autre façon de voir ce qui commence à prendre corps.
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« C’est elle! »
Juste avant d’écrire ce texte, j’étais songeuse. Je repensais à cette expression que j’avais utilisée dans un texte précédent : « prendre corps ».
Ça faisait quelques jours que ça me tournait autour, lorsqu’un matin, je me suis approchée de mon Carnet du moment.
Comme à mon habitude, j’ai tourné les pages lentement, y glissant tous mes sens, mais… avec ce « prendre corps » en tête.
Je me suis arrêtée tout d’un coup. Ma troisième création sous mes doigts, et ce petit volet que j’ouvrais et que je refermais, cachant ou révélant une maman avec un enfant dans les bras, tout près d’un papillon et au-dessus d’immenses fleurs.
Et là, spontanément, les yeux agrandis de surprise, j’ai dit : « C’est elle! »
Je suis restée immobile. Je ne voulais pas interpréter cette création, surtout pas. Je désirais simplement demeurer dans ce geste, dans ce mouvement pour m’approcher d’elle, pour la regarder et pour la reconnaitre.
Debout là, j’ai réalisé que dans le fond, ce qui avait tourné dans ma tête depuis quelques jours, c’était plutôt : et si prendre corps commençait bien avant que j’arrive à quelque chose de fini, de concret?
Ça déplaçait doucement le sens de juste « prendre corps », et ça, j’aimais ça.
Bien avant le livre
J’ai eu le plaisir d’une rencontre avec Diane autour de son livre Le retour de voyage de Brin d’Or.
En me remémorant ce moment, il aurait été facile de croire que « prendre corps » s’était produit pour elle.
Pourtant, plusieurs éléments avaient déjà pris corps séparément, bien avant la naissance de son livre : Brin d’Or, Indianita, l’échelle, les roses, des images, des carnets et bien d’autres.
Bien sûr, ces éléments n’étaient pas encore réunis, assemblés dans une forme finale, mais ils existaient déjà dans la vie de Diane; ils revenaient, se présentaient, entraient dans la matière.
Sans rien enlever à son livre, il n’est donc pas le premier moment d’incarnation de ces éléments. Il est plutôt une forme plus tardive dans une histoire beaucoup, beaucoup plus longue.
En observant ça à partir de son expérience, je reconnais encore plus clairement le même phénomène dans mes propres Carnets.
En revenant dans mon Carnet
Ce matin-là, revenant à la création que j’avais sous les yeux, sous les doigts, j’ai ouvert avec délice ce petit volet, qui, lors de ma plongée créative, était l’un des deux volets d’une fenêtre. Puis, je l’ai fait pivoter doucement, révélant une maman tenant sur son cœur son enfant.
La fenêtre qui s’ouvrait libérait un papillon colorié par mon petit-fils. Puis, sous cette fenêtre, le cœur de deux fleurs se transformait en œufs dans des nids de pétales bleus.
Puis, je suis revenue sur la création précédente en y glissant mes doigts sur des résidus d’acrylique devenus des yeux; des yeux malicieux révélant un joyeux personnage enfantin.
Et finalement, de retour à la première création de ce Carnet en cours de traversée, j’ai lentement fait pivoter la petite porte qui s’ouvre au centre de la création, exactement à l’endroit où étaient écrits les mots « LA SOURCE », et ce rose qui me touche tant, ainsi dévoilé, est remonté vers moi.
C’est toujours ce qui m’émerveille lorsque je suis en contact avec mes créations après la plongée créative : je ne sais jamais d’avance ce qui va émerger.
Au cours de ce moment à ma table de création, je gribouille, je découpe, je déchire, je colle, j’ouvre, j’étale, je chauffe, je recouvre, je superpose, je trace… Puis, lorsque je regarde ce que j’ai créé après coup, les surprises se révèlent et je n’ai aucune idée d’où elles me mèneront.
Par contre, je vois que toutes ces petites apparitions deviennent comme des points de présence sur mon chemin.
Comme de petits cailloux sur le chemin
J’aime vraiment beaucoup voir ces formes, ces images qui arrivent surprenamment dans mes créations.
Ce sont comme des petits cailloux que j’aperçois sur mon chemin, tout en marchant.
Je constate que certains sont très visibles, presque au milieu du passage, et il m’est impossible de les manquer.
Parfois, je dois être plus attentive parce que certains sont recouverts d’un peu de terre ou de boue, puis d’autres sont même à l’extérieur du sentier.
Parfois aussi, la lumière ambiante est tellement éblouissante que je ne vois rien, et c’est là qu’un peu d’ombre ou un point de vue à partir d’un autre angle me permet de remarquer des cailloux qui étaient déjà là, mais que je ne voyais pas.
Ce que je n’ai pas envie de faire, par contre, c’est de transformer ces cailloux en indices à interpréter ou en direction à suivre. Ce serait remettre une attente là où j’ai justement envie de laisser de l’espace.
Reconnaitre un caillou qui est là ne m’oblige pas à savoir où mène le chemin.
Sans savoir où ça mène
Je crois que c’est là que quelque chose s’ouvre pour moi : une forme peut avoir pris corps sans être terminée, sans annoncer la suite, sans avoir besoin de devenir autre chose tout de suite.
Et dans ce sens, je n’ai pas à ramasser tous les cailloux que révèlent mes créations, puis à les aligner et à leur faire raconter une histoire.
Certains éléments se relieront peut-être plus tard entre eux ou avec autre chose, tandis que d’autres resteront simplement là dans la création où ils sont venus, apparus. Et c’est très bien ainsi.
Et c’est là que je vois que « prendre corps » peut vouloir dire : devenir assez perceptible pour être rencontré, à partir de ma sensibilité et de mon ouverture.
Parce qu’une forme, une émotion, une présence ou une relation peut avoir toute sa valeur bien avant d’être comprise, et c’est beau.
Dans la Création intuitive, les mains et la matière m’ouvrent un espace où quelque chose peut devenir visible ou sensible, sans que ma tête ait à conclure quoi que ce soit.
Toujours devant ma troisième création, délicatement, je tourne encore une fois ce volet qui dévoile cette maman et son enfant.
Je le vois bien, ce volet s’ouvre, mais ce n’est pas toute l’histoire qui fait de même.
Le volet s’ouvre, pas toute l’histoire
Je ne me lasse jamais d’ouvrir ce volet et de regarder l’expression d’amour de cette maman, les yeux fermés, joue contre joue avec son enfant, lui-même les yeux fermés, pour recevoir cet élan maternel, et le rendre en retour.
Ce que je vois devant moi n’explique pas tout le début de ce nouveau Carnet, et encore moins sa suite. Ça n’a pas besoin de le faire.
Ce qui compte à mes yeux, c’est que quelque chose est simplement devenu visible pour moi, à ce moment.
Peut-être que « prendre corps », c’est parfois simplement devenir assez visible pour être rencontré. Ce qui viendra ensuite pourra venir à son rythme.
RESTER UN PEU AVEC ÇA
Si quelque chose dans ce texte a résonné en toi, et si tu en as envie, reviens vers une création ancienne ou récente où quelque chose est apparu que tu n’avais pas prévu.
Regarde-la simplement un moment telle qu’elle se présente aujourd’hui.
Tu peux déposer dans ton Carnet : « Quelque chose a pris corps ici… »
Puis laisse venir à toi ce qui se présente : un mot, une couleur, une forme, une sensation, ou peut-être rien.
Tu n’as pas à comprendre ce que ça signifie ni à savoir où ça mène.
Tu peux simplement reconnaitre ce qui est là aujourd’hui, à ta manière.
Et si rien d’autre ne vient, ça peut rester là.
Et toi, belle créative, peut-être qu’une forme, une image ou une présence a déjà pris corps dans une de tes créations sans que tu saches encore où elle mène.
Tu peux simplement la reconnaitre aujourd’hui et lui laisser son rythme.
Il n’y a peut-être rien à comprendre ni à faire avancer.
Je te souhaite cette confiance-là.
Avec tout mon amour,


