Cet article contient… un mandala annuel laissé à plat, un regard qui se déplace et ce qui devient visible quand je cesse de regarder d’abord ce qui manque.
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Un mandala resté à plat
Depuis plusieurs mois, le mandala annuel que j’ai créé en janvier dernier était resté à plat dans mon espace de création.
Il n’avait pas remplacé celui de l’an dernier sur le mur. Je le gardais là parce que je pensais encore y revenir, ajouter quelques détails, le poursuivre un peu.
Je le considérais comme inachevé.
C’était, en tout cas, le regard que je posais sur lui depuis le début de l’année.
J’avais même laissé un peu de matériel à côté. Et lorsque j’avais besoin de l’espace où il reposait, je le déplaçais ailleurs dans mon Espace-Création, puis je le ramenais. Une petite danse qui a duré des mois.
Il était toujours là, mais un peu en retrait de mon champ de vision.
Ce mandala a pourtant une place particulière dans ma vie. Chaque année, après un rituel de gratitude pour ce que j’ai traversé durant l’année, je laisse émerger un ressenti que j’ai envie de fréquenter dans l’année qui vient. Et puis, je lui donne vie dans la matière, sous forme d’un mandala.
Cette année, à ma grande surprise, le ressenti qui s’était présenté était celui de ressentir l’unité.
Mon mandala avait pris forme en janvier. Puis, un matin, il y a quelques jours, je l’ai ressorti sans intention particulière — et surtout sans avoir prévu de le terminer.
Lorsque je l’ai regardé de nouveau, rien n’avait changé dans la matière. Pourtant, je ne le voyais plus tout à fait de la même façon.
Rien n’avait changé… et pourtant
Ce matin-là, assise dans mon fauteuil de Matin Magique, mon regard s’est arrêté sur la transparence du rose et du blanc, puis sur l’iridescence des couleurs.
Mon regard s’est attardé sur ce grand lotus aux pétales légèrement courbés, puis sur le grand cœur qui se superpose à lui dans un doré très doux. Un cœur qui laisse encore entrevoir les pétales derrière lui, là où les deux formes se chevauchent.
Ces transparences ont résonné en moi.
En ce moment, dans mon Carnet du Cœur, je fréquente justement le visible et l’invisible. La transparence. Ces formes qui peuvent coexister sans que l’une efface l’autre.
Et voilà que je retrouvais quelque chose de cette rencontre dans mon mandala, créé plusieurs mois auparavant. J’étais bien surprise.
En le contemplant, une pensée toute simple est apparue : Et s’il était déjà terminé?
Je n’ai pas cherché à répondre tout de suite.
Parce que ce qui m’a arrêtée, au fond, ce n’était pas de savoir s’il était terminé ou non.
C’était de réaliser que je ne le regardais plus seulement à partir de ce qui lui manquait.
Quand ce qui manque cesse d’être le premier regard
Pendant des mois, ma relation avec cette création était orientée vers une attente : il fallait encore ajouter quelque chose, compléter, finaliser.
Mais ce matin-là, en le regardant, je ne ressentais plus ce besoin. Je ne voyais rien à corriger, rien à modifier dans l’immédiat.
Je pouvais simplement rencontrer davantage ce qui était là.
Je n’avais rien à ajouter au mandala. Pourtant, ma façon d’être avec lui n’était plus la même.
Assise là devant mon mandala, je me suis demandé si habiter ne commençait pas parfois exactement là : au moment où je cesse de demander à ce qui est devant moi de devenir d’abord autre chose.
Habiter ma terre intérieure… Plus je fréquente ces mots, plus je réalise qu’ils ne parlent pas nécessairement d’organiser, de réparer ou de rendre conforme ce qui est là à une image idéale.
Dans la Création intuitive, je connais bien ce mouvement : je pose un geste, je touche la matière, je regarde ce qui arrive, puis je réponds. Je choisis, oui, mais je n’ai pas à tout décider d’avance.
Et devant mon mandala, une autre question a commencé à prendre de la place : qu’est-ce qui est déjà là, et comment puis-je rester un peu avec?
Ce qui est déjà là
Pour moi, ce qui est là, aujourd’hui, c’est ce mandala dans la matière. Ses transparences. Son lotus. Ses cœurs — un petit qui se love au cœur du plus grand.
Je n’ai pas besoin de décider immédiatement s’il est « officiellement terminé » pour lui faire une place. C’est ce que j’ai fait : je l’ai déposé simplement sur la tablette installée au mur, sous mon mandala de l’an dernier, celui de la plénitude. Je peux maintenant le voir autrement, le fréquenter autrement.
Ce qui compte pour moi, quand je le regarde, c’est de ne plus laisser ce que je croyais lui manquer occuper tout mon champ de vision.
Peut-être que toi aussi, tu connais quelque chose de semblable : une création laissée de côté, une idée en suspens ou même une part de toi que tu regardes surtout à partir de ce qui n’a pas encore été accompli.
Je ne sais pas ce qu’un autre regard pourrait ouvrir pour toi.
Pour moi, quelque chose que je croyais en attente est redevenu vivant dans ma façon de le regarder. Et pour le moment, cela me suffit.
Je ne sais pas encore si j’ai besoin de dire que mon mandala est terminé. Ce n’est peut-être même plus la question la plus importante. Je sais seulement qu’aujourd’hui, je peux le regarder sans voir d’abord ce qui lui manquerait.
Aujourd’hui, mon mandala a sa place près de moi. Et je peux rester un peu avec lui, sans savoir encore quel sera le prochain geste.
RESTER UN PEU AVEC ÇA
Si tu en ressens l’élan, je t’invite à revenir vers une création, une page de ton carnet ou une trace que tu as laissée de côté parce que tu la crois inachevée — pas pour la terminer, simplement pour rester quelques instants avec elle.
Laisse ton souffle ralentir, puis regarde.
Tu peux la prendre dans tes mains, la tourner doucement, remarquer sa matière, ses couleurs, un détail qui attire aujourd’hui ton attention.
Avant de modifier quoi que ce soit, laisse simplement cette question t’accompagner : « Qu’est-ce qui est déjà là, que je n’avais peut-être pas encore vu? »
Tu n’as pas à trouver une réponse, à interpréter ce que tu vois, ni à décider si tu poursuivras cette création.
Tu peux simplement rester un peu avec elle.
Et toi, belle créative, peut-être qu’il y a quelque chose que tu regardes encore à partir de ce qui lui manque.
Je te souhaite de pouvoir lui laisser un peu de place aujourd’hui, sans avoir à décider tout de suite ce qu’il faudrait en faire.
Et peut-être découvrir ce qui devient visible lorsque tu restes simplement avec ce qui est déjà là.
Avec tout mon amour,
Louise


