Et si la matière n’était pas seulement ce avec quoi je crée?

Photographie d’un Carnet de Louise ouvert sur une création intuitive au fond bleu, fait de ses mains et matière. Du papier de soie froissé dans des teintes de vert, rose et violet forme des plis et des creux. Dans la partie supérieure, un petit oiseau rose-mauve émerge de la matière. Un papier de soie mauve est glissé sous le carnet en haut à droite.
Photographie d’un Carnet de Louise ouvert sur une création intuitive au fond bleu, fait de ses mains et matière. Du papier de soie froissé dans des teintes de vert, rose et violet forme des plis et des creux. Dans la partie supérieure, un petit oiseau rose-mauve émerge de la matière. Un papier de soie mauve est glissé sous le carnet en haut à droite.

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Cet article contient… un morceau de carton, du beau matériel qui devient parfois trop lourd et une rencontre qui commence simplement sous les mains.

Lecture : environ 8 minutes ·

Un petit morceau de carton, presque insignifiant

Depuis que j’explore la créativité — devenue au fil du temps cette compagne que j’appelle la Création intuitive — je suis fascinée par ce qui se passe lorsque les mains se mettent en mouvement dans la matière. Elles créent, bien sûr, mais au-delà de ça, elles touchent une matière bien réelle; elles la sentent changer, réagir, résister ou se laisser faire.

Cette fascination s’est ravivée pendant la cinquième plongée créative de mon Carnet actuel. Devant moi : un morceau pas très grand de carton récupéré d’une boite de céréales, du papier de soie usagé et froissé, et une vieille cuillère à soupe en métal.

C’est souvent comme ça que s’ouvre une plongée créative dans Mon Carnet du Cœur : avec des éléments d’amorce improbables!

Cette fois-ci, cette proposition créative n’a pas fait exception : une petite surface, des matières très ordinaires, un outil du quotidien plus que banal. Pourtant, elle m’a procuré une expérience créative intense et remarquable.

Je vois que, grâce à mes mains… je fais connaissance avec eux.

Faire connaissance

Je trouve fascinant de découvrir tout ce qu’un mot aussi simple que « papier » contient réellement : une texture, une résistance, une fragilité, une manière de se froisser, de se déchirer ou d’absorber.

Et c’est la même chose pour une ficelle, un carton, un tissu, une retaille, une matière récupérée…

On peut savoir intellectuellement comment une matière se comporte. Mais la toucher réellement, la plier, la mouiller, la froisser ou la déchirer, c’est une autre façon de connaitre — très personnelle, parce qu’elle passe par l’expérience.

Dans la Création intuitive, les mains deviennent de précieuses alliées pour toucher, sentir, essayer et répondre à la matière. J’ai souvent l’impression qu’au contact de ces matières et de ces outils parfois improbables, un geste arrive avant les mots — avant même que je sache pourquoi j’ai choisi cette couleur, cette texture ou ce mouvement.

Dans ces moments, ce qui se passe entre mes mains et la matière devient pour moi une expérience à la fois sensorielle et relationnelle.

Au-delà de ce contact, je constate aussi qu’une matière n’arrive jamais tout à fait seule sous nos mains. Parfois, cette matière, ce matériau ou cet outil porte aussi tout ce que nous en attendons — ou tout ce que nous attendons de nous-mêmes.

Quand le matériel prend trop de place

Au fil de mes accompagnements, j’ai rencontré des femmes très créatives, entourées de beau matériel choisi avec soin, souvent avec beaucoup d’enthousiasme. Et je me reconnais là-dedans : moi aussi, j’ai connu des périodes où le matériel s’accumulait autour de moi.

Ce qui me touche, c’est qu’avec le temps, toute cette abondance peut parfois devenir lourde. Certaines femmes m’ont parlé de culpabilité de ne pas utiliser ce qu’elles possèdent, de peur de gaspiller, ou de cette impression qu’il faudrait enfin « en faire quelque chose ».

Et j’ai aussi vu l’inverse : des femmes retrouver un peu d’élan en prenant seulement quelques matières avec elles pour aller créer ailleurs, dans un coin plus calme, loin de tout ce qui attend dans l’atelier.

Comment ce qui avait été choisi, avec amour et avec passion, pour soutenir la création peut-il parfois finir par se placer entre nos mains et la matière en nous figeant?

Je reconnais derrière cette pression plusieurs choses que j’ai moi-même connues : la peur de rater avec du matériel couteux, l’impression de devoir rentabiliser ce qu’on a acheté, ou simplement de ne plus savoir par où commencer devant tant de possibilités.

Ce n’est pas le beau matériel qui pose problème. C’est parfois tout ce qui vient se déposer entre lui et nous.

Et c’est là que l’héritage de ma grand-mère, Laure-Alice, me revient souvent : son art de faire avec ce qui était là, de récupérer, détourner, transformer. Les matières ordinaires ont souvent moins d’enjeux pour moi; elles laissent mes mains essayer plus librement.

Quand les mains rencontrent la matière

Lorsque j’entre dans une plongée créative et que je laisse mes mains aller à la rencontre de la matière, je suis toujours curieuse de ce qu’elles vont capter : une texture, une résistance, une souplesse, un contour droit ou dentelé, parfois même un son.

Mes mains réagissent à ce qu’elles rencontrent dans la matière. Elles peuvent poursuivre un geste, s’arrêter, retirer, ajouter ou changer de direction.

Ce qui me plait énormément dans cette rencontre, c’est que rien n’a besoin de devenir reconnaissable ni de prendre immédiatement un sens.

Ce qui compte pour moi, c’est de rester suffisamment en contact avec la matière pour qu’une relation puisse naitre et exister.

C’est dans ces moments que je sens en moi que je fréquente la matière, et ce, sans lui demander immédiatement de produire un résultat.

Et dans cette fréquentation, il n’est pas rare que j’arrive à quelques minutes de la fin d’une plongée créative sans aucune idée de ce que j’ai créé — juste une sensation de « reliance ».

À partir de là, je crois que la question n’est peut-être plus de savoir si j’ai assez de matériel — ou le bon matériel — dans ma caverne d’Ali Loulou, mais de regarder ce que je peux réellement rencontrer aujourd’hui.

Ce qui est sous mes mains

Quand je regarde mes mains partir à la découverte de matières bien réelles — banales ou issues des beaux-arts — je reste souvent étonnée par l’élan qui les porte vers elles. Il y a, pour moi, quelque chose d’un peu magique dans ce contact. Mais ça, c’est ma façon de percevoir cette expérience.

Et je le vois bien : ce qui compte au fond, ce n’est pas tout ce que je possède pour créer, mais la relation que je peux avoir aujourd’hui avec ce qui est sous mes mains.

Peut-être qu’aujourd’hui, une seule matière suffit pour éveiller l’envie de la toucher. Ou peut-être pas.

RESTER UN PEU AVEC ÇA

Si tu en as envie, choisis une seule matière déjà là près de toi.

Avant de faire quoi que ce soit, prends un moment pour t’installer. Laisse peut-être ton souffle ralentir. Tu peux fermer les yeux, si c’est confortable pour toi, puis déposer simplement la matière dans tes mains.

Sans chercher à créer, porte ton attention à ce que tu perçois : son poids, sa température, sa texture, sa souplesse ou sa résistance, ses bords. Écoute aussi le son qu’elle fait lorsque tu la bouges. Puis ouvre les yeux, si tu les avais fermés, et regarde-la.

Laisse ensuite tes mains commencer à la rencontrer : la retourner, la plier, la froisser, la déchirer, la caresser, appuyer… ou ne rien faire encore.

Reste un peu là. Observe ce qui attire ton attention, ce qui donne envie d’un geste — ou ce qui ne vient pas.

Pas besoin d’en faire quelque chose. Simplement fréquenter cette matière, un moment, avec tes mains, ton regard, ton souffle, ton écoute… à ta manière.

Et toi, belle créative, je te souhaite cette liberté-là : pouvoir laisser tes mains s’approcher de ce qui est là sans savoir d’avance ce qu’elles en feront.

Et peut-être simplement gouter la rencontre.

Avec tout mon amour,

Louise

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